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jeudi 15 septembre 2016

Les mots entre mes mains, Guinevere Glasfurd

Helena Jans van der Strom n’est pas une servante comme les autres. Quand elle arrive à Amsterdam pour travailler chez un libraire anglais, la jeune femme, fascinée par les mots, a appris seule à lire et à écrire. Son indépendance et sa soif de savoir trouveront des échos dans le coeur et l’esprit du philosophe - René Descartes. Mais dans ce XVIIe siècle d’ombres et de lumières, leur liaison pourrait les perdre. Descartes est catholique, Helena protestante. Il est philosophe, elle est servante. Quel peut être leur avenir ?
En dévoilant cette relation amoureuse avérée et méconnue, Guinevere Glasfurd dresse le portrait fascinant d’une femme lumineuse, en avance sur son temps, et révèle une autre facette du célèbre philosophe français.

On connait beaucoup de choses sur René Descartes, son Discours de La Méthode en a fait l'un des fondateurs de la philosophie moderne, mais finalement, on ignore presque que tout de sa vie personnelle, amoureuse.
"Les mots entre mes mains" a l'ambition de combler ce vide, d'utiliser la force de l'imagination pour reconstituer, à partir de bribes d'archives, des pans de vie du philosophe.

Le résultat est solide et cohérent. Le résultat est convaincant, je suis bluffée.

Helena a bel et bien existé.
Elle savait bel et bien écrire.
Et elle a bel et bien eu une fille avec Descartes.

Voilà trois des lignes directrices de ce roman, voilà les trois lignes directrices d'une femme bien différente de celles de sa condition à l'époque. Tout opposait Descartes et Helena : leur situation, leur religion, son travail à lui, son travail à elle. Tout les opposait, mais pourtant... un enfant est né de leur union, une petite fille que Descartes a reconnue.

L'auteure construit avec la rigueur d'un chirurgien ce qui a pu se produire entre eux. L'amour, la passion, les difficultés et autres obstacles, l'obsession, la tendresse... J'ai énormément aimé les risques que Guinevere Glasfurd a décidé de courir, l'Histoire est passée au service du roman et elle nous dresse un portrait passionnant et fidèle de l'époque. L'écriture sied parfaitement à la trame, elle ne tombe pas dans une langue qui aurait pu sembler archaïsante, mais offre un langage suffisamment travaillé pour nous emmener dans un voyage dans le temps. Entre ces lignes, entre ces mots, nous sommes là, avec Descartes et ses explorations pour sa Méthode, avec Helena et ses questionnements, avec Descartes et Helena unis par leur amour. Entre ces lignes, j'ai vibré, ressenti de la fureur face à l'injustice, et j'ai été attendrie...

L'ouvrage refermé, j'ai senti la curiosité de me plonger dans la vie de Descartes pour démêler le vrai de l'imagination, et la frontière est mince, très mince.

Un livre à découvrir et à savourer...

Pour lire l'avis du Chat, c'est ici !


dimanche 8 mai 2016

Mon médecin et les highlanders, 2/3

Diane Lacombe, Le clan Mallaig, tome 1, l'hermine

Écosse, 1390. Pour éviter un mariage détestable qu'on lui impose, la belle Lite MacGugan se résout à épouser Baltair MacNèil, qu'elle sauve ainsi de la potence. Tandis que Baltair, embauché comme mercenaire par différents seigneurs, assiste à la déroute de Robert III dont le règne est malmené par les luttes entre nobles, Lite se consacre corps et âme à l'expansion du domaine de sa belle-famille, à Mallaig, tout en tenant son époux à distance. C'est pourtant elle qui, bien des guerres et des trahisons plus tard, tentera par tous les moyens d'empêcher la perte de Baltair...
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Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure coïncidence.
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La porte de la salle d'attente s'ouvre dans un grincement. La décoration n'a pas changé depuis ma première consultation, toujours ces mêmes posters jaunis par le temps qui nous mettent en garde contre les MST, l'ennemi public numéro 1 de ce cabinet médical. 

Assis en face de la porte d'entrée, est installé Monsieur-mon-voisin-de-l'autre-jour. Le buste penché en avant, il se tient le ventre. Son teint un peu cireux et ses cernes qui ont creusé des ravins sous ses yeux m'incitent à m'assoir à plusieurs sièges de lui, non sans le saluer au préalable, une question d'éducation bien sûr.

Je suis assise depuis à peine une poignée de secondes que s'ouvre la porte à la volée. Cette fois-ci, elle n'a pas eu le temps de geindre en grinçant et a poussé un hurlement de douleur en se fracassant contre le mur. La mère de famille et sa progéniture entrent à leur tour. Le carnet de rendez-vous de mon médecin est un peu répétitif. Le rejeton pointe aussitôt son doigt vers Monsieur-mon-voisin-de-l'autre-jour qui grimace, je ne sais pas si de douleur ou si de mécontentement.
– C'est le monsieur qui pète! s'exclame le bambin.
La maman plaque aussitôt la main sur sa bouche et le réprimande pour son attitude.
– Mon chéri, je t'ai déjà dit qu'on ne dit pas ça, ça n'est pas poli! Il faut que tu réfléchisses avant de parler.
– Mais maman, c'est le monsieur qui pue, tu as même dit qu'il sentait encore plus mauvais que Papa !
Monsieur-mon-voisin-de-l'autre-jour bascule en arrière, son visage devient rouge, il plisse les yeux jusqu'à les fermer complètement, ses joues se gonflent, et... 

Suspense insoutenable...
Je n'ai même pas une écharpe sous la main pour enfouir mon nez de dedans, au cas où... 
Roulements de tambours... 
Est-ce que j'ai un mouchoir en papier au moins  ?
 3, 2, 1.... 

Rien.
Rien du tout.
Ouf et re ouf.

Son visage se détend, il esquisse un sourire. Nous avons frôlé la catastrophe.

La porte du bureau de mon médecin s'ouvre à son tour, il me fait signe que c'est à moi. Je me lève, et à peine l'a-t-il refermée derrière moi que nous entendons un bruit que la décence m'empêche de rapporter, mais qui vaudra un  : "Maman, ouvre les fenêtre, on va mourir étouffés  !" désespéré auquel répondra un "Mets-toi en apnée mon chéri, comme à la piscine" porté par l'urgence.

Je bénis la ponctualité de mon médecin. 

Je prends place en face de lui. Le squelette est toujours là, ombre vide derrière son fauteuil. Seule variation, sa tête d'albâtre arbore maintenant fièrement une casquette du Real Madrid. L'effet est saisissant. 

Il me fixe toujours aussi bizarrement.

– Alors madame, comment vous sentez-vous cette semaine? me demande mon médecin, affable.
Je suis sur le point de lui demander s'il ne pourrait pas bouger son squelette pour qu'il arrête de me regarder, mais je me retiens au dernier moment. Ce n'est pas une bonne idée, mon médecin risquerait de marquer ça dans son carnet. Sa plume, en suspens dans les airs, est déjà prête à bondir sur le papier. 
– Bien, je me sens beaucoup mieux, lui réponds-je d'une voix assurée.
– C'est une bonne nouvelle ça  ! Le traitement a fait effet alors  ?
Je n'ose pas lui dire que j'ai vaguement omis de le prendre, et que par conséquent, étant donné que mon corps n'a ingéré aucune des molécules prescrites, l'amélioration de mon état ne lui est en rien redevable. CQFD. M'est avis que ce CQFD-là ne va pas lui plaire, je préfère donc me taire.

Sans m'en rendre compte, je commence à me ronger les ongles. Le tic tac de son horloge rythme le silence qui s'est abattu sur nous. Mon médecin m'observe en silence et je décide de me lancer. 
–  En fait, j'ai trouvé un livre vraiment bien sur les highlanders.
Il pousse un gros soupir et je l'entends marmonner   : "Encore..."
Il sort son bloc d'ordonnance d'un tiroir et le place juste à côté de son carnet.
– Je vous écoute.
– Pardon  ?
– Allez-y, racontez-moi, que je cerne un peu mieux le problème.
Je secoue la main devant lui.
– Oh, il n'y a pas grand chose à dire. C'est vraiment un chouette roman. Une histoire riche, mouvementée qui ne se contente pas d'une romance un peu trop mièvre, un vrai contenu historique, de l'action, des scènes difficiles et des highlanders, plein de highlanders...

Je suis en train de me trémousser sur mon siège quand, soudain, la tête du squelette se tourne très légèrement vers moi, comme s'il essayait de mieux me voir. Je m'arrête aussitôt. Plus rien. Il ne bouge pas. Mais comment un squelette pourrait-il bouger de toute façon, c'est ridicule ! Je n'ai même pas vu une mouche se poser dessus. Un dernier coup d'oeil me convainc de l'absurdité de ce que j'ai imaginé. Evidemment que le squelette ne bouge pas...

Je m'installe plus confortablement dans le fauteuil et me prépare à reprendre là où je m'étais arrêtée quand mon médecin m'interrompt d'un geste. Son air est grave malgré ses joues rougies. Elles lui donnent un côté débonnaire qui met en confiance.
– Avant toute chose, donnez-moi le titre.
Je cligne plusieurs fois des yeux, sans comprendre.
– C'est nécessaire pour le traitement, se justifie-t-il, il me faut tous les détails pour l'ajuster.
Ça parait logique. Beaucoup moins logique par contre, le squelette vient encore de bouger, j'aurais juré que la casquette a glissé d'un demi-centimètre sur la gauche de son crâne.

Tic-tac, Tic-tac. De nouveau le bruit de l'horloge. Tic-tac, tic-tac.

Mon médecin fronce les sourcils.
–  Ça vous arrive souvent  ?
J'ouvre la bouche puis la referme. Je ne sais pas de quoi il me parle. Cette fichue casquette est toujours sur le crâne du squelette, au même endroit.
– Vos absences, ça vous arrive souvent  ?
Mais de quoi me parle-t-il ? Je n'ai pas d'absences. Pour le lui prouver, je réponds à sa question initiale, sans quitter du regard la casquette du Real.
– Le clan de Mallaig, le tome 1, l'Hermine de Diane Lacombe, une auteure canadienne.
Mon médecin se retourne pour voir ce que je fixe comme ça, puis, comme il ne voit rien d'étrange, commence à noter consciencieusement toutes ces informations sur son bloc d'ordonnances avant de revenir à son carnet.
–  Canadienne  ? Très bien ça, très bien. C'est bien le Canada, c'est inoffensif en général. Continuez je vous prie.

Je ferme les yeux pour me soustraire aux orbites vides que j'ai en face de moi et laisse les émotions que j'ai ressenties pendant ma lecture me rassurer. Mes épaules se détendent peu à peu.
– Les personnages sont vraiment très, très travaillés et la réalité de l'époque pas du tout édulcorée. L'auteure a fait un gros travail de recherches, et n'a pas hésité à évoquer certaines situations qu'en général on évite dans ce type de roman. Elle aborde d'ailleurs une période que l'ont voit peu, le 14è siècle, normalement on préfère le 18è. Il y a aussi un vrai travail sur la langue, parfois difficile d'accès d'ailleurs parce que le vocabulaire utilisé est un fidèle reflet de l'époque. On a l'impression qu'elle s'est lancée dans une reconstitution historique. La romance est d'ailleurs mince, ce n'est pas elle qui importe. Elle est là, en fil conducteur, en toile de fond, mais jamais dans les excès habituels.

Il lève son stylo pour reprendre la parole.
– Tout ça me semble très bien, vraiment très intéressant, mais je vous trouve encore très fatiguée. Vous avez des cernes et le teint un peu pâle.
Normal si j'ai des cernes, lire 400 pages en une nuit, ça vous fatigue une femme, mais c'est une fatigue saine.
– Je me sens vraiment bien! C'est grâce à l'héroïne, Lite. Elle n'a pas froid aux yeux et est bien décidée à se faire entendre dans une société où les femmes ne sont en général que des potiches. Bon, parfois, j'avais envie de lui mettre une bonne paire de claques histoire de lui remettre les idées en place, mais l'auteure ne nous fait jamais perdre de vue que tous ses choix sont justifiés par l'époque. Et Baltair...
Je pousse un long soupir.
– Ah... Baltair... C'est le highlander par excellence. Beau malgré un physique imparfait, intelligent, droit, avec un certain code de conduite... Un peu barbare aussi, mais c'est un highlander. Et il porte un kilt !

Je fais un clin d'oeil à mon médecin. Minute papillon  ! Je lui ai fait un clin d'oeil ? Mais il va croire que je lui fais une proposition indécente, ou pire encore... 

Je me mets debout et discrètement, je croise les doigts derrière mon dos et prie pour qu'il n'ait rien vu de mon errance oculaire.
– Il supporte beaucoup de choses de Lite, qui est quand même parfois un peu exaspérante, mais non, il reste digne et lui laisse le temps nécessaire. Ahhh, Baltair. On dirait presque Jamie  ! En un peu plus rude quand même.
– Jamie  ?
Une petite lueur dans les yeux du squelette vient de s'allumer. Oh, ça a duré à peine une fraction de secondes, mais je suis sûre que je l'ai vue, même si techniquement n'est pas possible étant donné qu'il n'a pas d'yeux.

Mon médecin a recommencé à écrire frénétiquement mais je n'y prête pas vraiment attention. Je me tapote les lèvres avec mon index.
–  D'ailleurs, je verrais bien Colin Firth pour jouer le rôle de Baltair. Le Mr Darcy de mon coeur.
Il lève la tête de ces notes, et j'ai l'impression qu'avec le squelette, tous les regards sont braqués sur moi.
–  Je ne vois pas ce que Mr Darcy a à voir avec un highlander. On parle bien du Mr Darcy de Jane Austen  ?
Je me laisse tomber sur ma chaise.
– Baltair c'est un peu un Mr Darcy en kilt. Ce n'est pas l'homme parfait, il a des failles, des défauts, mais c'est quand même l'homme parfait, si vous voyez ce que je veux dire. Et puis Colin serait idéal, pas comme le Matthew Mc-Machin-truc du Chat du Cheshire.
– Vous pouvez m'expliquer ce qu'Alice au Pays des merveilles vient faire là-dedans  ?
Je lui jette un coup d'oeil, perplexe.
– Rien du tout, pourquoi est-ce que vous me parlez d'Alice au Pays des Merveilles  ? Il n'y a pas de highlander dans Alice au Pays des Merveilles.
C'est mon médecin qui devrait consulter, pas moi.
– Ce n'est pas moi qui vous en parle, c'est vous qui m'en parlez.
–  Mais non ! m'offusqué-je pendant qu'il reprend le roman qu'il a entrepris d'écrire dans son carnet depuis mon arrivée.

Soudain, je comprends sa méprise et lui souris victorieusement.
– Le Chat du Cheshire est une copine  ! Elle est très gentille, mais elle a mauvais goût. Elle n'aime pas Colin, vous voyez...
– Vous avez une amie qui s'appelle le Chat du Cheshire. Intéressant ça... Elle souffre elle aussi de troubles  ?
Si préférer Matthew à Colin n'est pas un trouble, je ne sais pas ce que c'est...

Sa plume continue de gratter le papier de son carnet. Il reprend  :
– Je vous trouve encore trop agitée, et en plus, vous avez de drôles de personnes dans votre entourage. Reprenons, vous dormez toujours mal la nuit, vous tenez des propos... euh... parfois incohérents, vous passez du coq à l'âne... Vous divaguez un peu aussi. Bon, il va falloir passer à de la médication lourde cette fois-ci, et on se revoie dans quinze jours pour faire le point. Il faut que vous dormiez surtout, c'est important.

Il arrache la première page de son bloc d'ordonnances et la plie consciencieusement avant de la fourrer dans la poche de son pantalon.
Il m'en tend une autre qu'il vient de remplir. 
– Et commencez dès ce soir, deux cachets. Il ne faut pas prendre ça à la légère.

La porte se referme derrière moi et j'entends mon médecin qui dit : "Oui mon petit sucre d'orge, elle est revenue. Oui, ma petite gaufre à la chantilly, j'ai noté le titre, ne t’inquiète pas"



dimanche 24 avril 2016

Mon médecin et les highlanders 1/3

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Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure coïncidence.
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J'ai terminé, il y deux semaines, la première saison de Outlander, la série adaptée de la saga de Diana Gabaldon. Depuis, je me sens étrange, comme si un vide immense avait envahi ma poitrine. C'est une image que l'on retrouve souvent dans la littérature, mais pour la première fois, elle prend tout son sens. Comment fait-on pour combler ce trou dans le coeur, ce creux dans l'âme? Comment fait-on quand on a l'impression d'errer comme un fantôme dans une vie livresque où les pages semblent incapables de combler l'âbime qui nous habite?
Je ne suis pas du genre à vagabonder entre deux mondes, je suis quelqu'un de pragmatique, c'est donc très logiquement que je suis revenue à l'origine même de ce geyser d'émotions en m'immergeant pour la énième fois dans la saga originelle. Je voulais redonner à mon petit coeur un souffle-pansement, ramener de l'oxygène dans mes poumons, juste le temps que la crise ne passe. Je suis une habituée de ces crises, elles finissent toujours par passer.

Sauf celle-ci.

Après avoir relu pendant une semaine toujours les mêmes passages, les émotions qui m'avaient redonné vie ont recommencé à s'éteindre. Il me fallait du neuf, des mots inédits, des histoires inattendues... Et ce n'est pas chose si facile... Une plongée dans ma Pal pourtant dodue n'a pas suffi, la crise refusait de céder du terrain. Elle était toujours là, prédateur dans l'ombre, nichée dans ma poitrine, me murmurant que tant que je n'aurais pas trouvé le bon remède, elle ne me quitterait pas. La garce !

Une seule solution pour trouver un remède temporaire qui la ferait reculer, pour appliquer un pansement qu'elle n'arracherait pas en affichant un petit air supérieur : aller voir mon médecin traitant. Après tout, c'est lui qui prescrit remèdes et autres traitements, peut-être pourrait-il m'aider?

C'est la raison pour laquelle je me trouve dans cette salle d'attente, cette pièce exiguë, aux murs recouverts d'affiches contre les MST, assise sur une chaise bancale, à côté d'un monsieur d'un certain âge qui doit souffrir atrocement de maux de ventre à en juger par les flatulences qu'il lâche à intermèdes réguliers, et d'une jeune maman accompagnée de son fils un brin braillard que j'ai envie d'étrangler avec la lanière de mon sac à main.

Je me concentre sur la porte. Si je le veux très fort, peut-être qu'elle va s'ouvrir, me libérant ainsi de ce calvaire. Allez, petite porte, ouvre-toi ! D'abord la poignée, ce n'est pas compliqué, elle entame sa descente vers la verticale, ensuite un espace se libère entre la chambranle et le panneau, espace qui grandit, grandit pour voir apparaître le médecin. Non, toujours rien. J'essaye autre chose, c'est quoi déjà la formule ? Sésame ouvre-toi ! Je prends une profonde inspiration et le pense avec plus de conviction. Sésame ouvre-toi ! 

La porte reste désespéramment close. Bon, bon, bon... Une dernière tentative.
D'un bond, je me dresse sur mes pieds et, en pointant le doigt vers la porte, je crie:
– Sésame ouvre-toi !
Monsieur-mon-voisin sursaute et une nuée de pets tonitruants s'envole, le gamin hurle de surprise avant de plaquer sa main sur son nez et de jeter un regard assassin à monsieur-mon-voisin en protestant vivement: "Maman, le monsieur il pue !"
La maman réagit immédiatement en pinçant le coude de son fils-chéri et le réprimande.
– Mon chéri, on ne dit pas ce vilain mot, je te l'ai déjà dit, on dit "le monsieur ne sent pas très bon".
Monsieur-mon-voisin, sans doute sous l'effet de la contrariété, se crispe et...

La porte s'ouvre et apparaît mon médecin, toujours aussi bedonnant, toujours aussi cinquantenaire, les cheveux toujours aussi absents, les joues toujours aussi rougeaudes. Mais au moins, il est là, ce Messie de la Médecine qui va pouvoir m'aider.
– Un problème, Madame?
Je suis debout et j'ai le doigt pointé en direction de la porte, ou plutôt de son ventre maintenant, étant donné que la porte est ouverte. Je me ressaisis aussitôt et plaque mon sac à main contre moi avant d'entrer d'un pas décidé dans la salle qu'il y a derrière lui.

Il me fait assoir en face de lui. Je consulte peu mon médecin traitant, j'ai une santé de fer. Il a un sourire bienveillant qui me tranquillise un peu, même si j'ai l'étrange impression que le drôle de squelette grandeur nature qu'il a derrière lui me fixe.
– Alors Madame, qu'est-ce que je peux faire pour vous ?
Je me tortille un peu les mains. Le squelette me fixe toujours bizarrement, c'est une copie d'une très grande qualité, il semble étonnamment vrai. Je serre un peu plus mon sac contre moi avant de me lancer, je suis là pour ça, après tout.
– J'ai fini Outlander.
Il me regarde avec un drôle d'air.
– Vous avez fini quoi?
Outlander...
– Et c'est quoi? Du whisky ? Ça sonne comme un nom de whisky.
Ses joues me soufflent que c'est un connaisseur.
– Non, non, c'est une série tv... Adaptée d'un livre, ajouté-je avec empressement.
– Ah... Je ne connais pas. Et donc, quel est votre problème ?
– Ben, je l'ai finie... Et j'ai fini tous les livres. Je les ai même relus. Plusieurs fois. J'ai même marqué les passages que je préférais.
– Oui... Et ?
Il ne me comprend pas ou quoi ? Je ne suis pas suffisamment claire ? Je me mets sur mes pieds et jette mon sac sur son bureau qui percute son presse-papier et son bloc d'ordonnances. Mon médecin n'aime pas l’informatique, c'est un puriste de la plume et du papier.
– Et je n'ai plus rien d'autre à lire !
Il attrape mon sac et le pose prudemment le long de sa table de travail. Il prend quelques secondes pour remettre un peu d'ordre et griffonne quelques mots sur le carnet qui avait échoué à ses pieds.
– Voyons Madame, la mère des livres n'est pas morte. Il suffit d'aller dans une librairie et...
J'abats ma main sur le bureau. Il sursaute et écarquille les yeux.
– Mais non !
Je hausse le ton.
– Je sais bien qu'il y a plein de livres ! Je ne suis pas idiote non plus !
Il pince les lèvres, je ne sais pas comment interpréter son geste. Je décide de ne pas en tenir compte et je continue.
– Je parle de livres de highlanders.
– Les highlanders écrivent des livres ?
Mais il le fait exprès ou quoi?
– Non, des livres qui parlent de highlanders.
Je commence à faire les cent pas dans son cabinet. Expliquer mon problème s'avère plus ardu que ce que je ne croyais. Je pensais pourtant que ça allait être simple : j'expose le problème, et hop... Un remède.
Il penche la tête tout en continuant l'écrire.
– Je ne vois toujours où est le problème. Ma femme en lit, je trouve d'ailleurs les couvertures un peu olé olé... et si je veux en regarder un d'un peu plus près, elle me l'arrache des mains et le cache tout de suite dans le tiroir de sa table de nuit.
– Eh bien voilà le problème! C'est ça !
– La table de nuit ?
Je pousse un long soupir.
– Non... le problème est que les auteurs pensent qu'il suffit d'un highlander aux abdos en béton en couverture et d'avoir un héros qui s'appelle "Mac quelque-chose" pour avoir un livre de highlanders.
– Et ce n'est pas le cas ? Parce s'il y a des highlanders, pour moi, c'est que c'est un livre de highlanders.
– Mais non, pas du tout ! Vous n'y connaissez rien !
En deux enjambées je suis à son bureau et mes mains s'abattent en même temps le bois massif. Mon médecin recule tellement son siège qu'il percute la bibliothèque placée derrière lui. Par effet domino, le squelette tremble, tangue, je crois même que ses os vont se détacher un à un. Il finit par se stabiliser et les orbites vides de ses yeux se posent de nouveau sur moi.
– Qu'il y ait des highlanders ne veut pas dire que c'est un bon livre! La saga de Margaret Mallory en est un bon exemple, et ce n'est pas la pire... J'en ai lu trois...
Je m'aide de mes doigts pour les énumérer.
– J'ai lu Le séducteur, Le guerrier et Le gardien, et bon... D'accord il y a des hommes virils, des kilts sans rien dessous, des demoiselles en détresse qui ont quand même un sacré caractère, mais ça ne fait pas tout...
– Ce n'est pas ce que vous recherchez ?
Sa plume continue de courir sur son carnet. Je hausse encore le ton, je crie presque maintenant.
– Je veux plus! Je veux une vraie histoire, qui me fasse découvrir un contexte historique, que j'en apprenne plus sur la vie dans les Highland à l'époque, qui ne tombe pas dans les stéréotypes trop faciles et qui masquent justement une méconnaissance de la part de l'auteur, qui me fasse frémir et qui ne soit pas bâtie qu'autour du sexe. Je veux que le rythme soit bien mené, avec de l'action, mais aussi quelques moments de répit et que ce soit bien écrit.
Je me laisse tomber sur la chaise. Le coussin se plaint dans un "pof" qui me rappelle les désagréments de monsieur-mon-voisin de la salle d'attente.
– En gros, vous croyez au Père Noël ?
Mon médecin fronce tellement les sourcils qu'ils recouvrent presque entièrement ses yeux, comme si un rideau teinté d'argent était tombé dessus. Sa plume s'est lancée dans une course frénétique sur le papier.
– Mais non! Ça existe, je sais que ça existe! J'y ai cru avec Le conquérant de Heather Grothaus, j'y ai cru... Bon, la couverture m'avait fait un peu peur, mais un corps de Highlander bien bâti, c'est vendeur, stratégie commerciale, je peux comprendre. Il ne faut pas s'arrêter aux apparences. Tout allait bien, le début n'était pas mal. Le personnage de Haith était prometteur. Le récit était un peu rapide, un peu trop survolé, mais il y avait cette couleur sympa dans cette trame qui me faisait espérer... Jusqu'à ce que l'auteure introduise de la magie. De la magie !
– Il y a des croyances en Ecosse, vous savez. Le folklore est riche, m'interrompt mon médecin en se massant discrètement la main qui tient le stylo.
Il a noirci déjà deux pages, il doit avoir un début de crampe.
– Vous l'avez dit, des croyances, du folklore... C'est ça l'Ecosse, et c'est vraiment intéressant. mais pas de la vraie magie. C'est bon pour Harry Potter ça !
– Vous avez lu Harry Potter ?
La question a l'air importante, il attend ma réponse avec attention.
– Je ne vois pas le rapport ! Je vous parle de highlanders et de soucis de véracité historique, et vous de Harry Potter ! Et en plus la plume n'est vraiment pas super au final... Elle est un peu trop facile. Le héros passe son temps à soupirer pour sa belle et à espérer qu'elle finisse dans son lit, alors qu'elle, elle fait de la magie en se disant que, comme elle a vu le héros dans ses rêves, c'est lui... Et en plus, comme si ce n'était pas suffisant, la pauvre bichette a une malédiction sur le dos. Si elle s'éloigne de l'Elu que le destin a choisi pour elle, elle va mourir.
– C'est une jolie histoire je trouve, une belle image de l'amour...
– Mais non ! Dans le bouquin, c'est une vraie malédiction, un truc qui se produit, pour de vrai. Quelque chose d'empirique. Pas une légende... Pas du tout réaliste...
Il balaye une poussière imaginaire devant lui.
– Bon, en gros, vous n'aimez pas... Et vous voulez que je fasse quoi pour vous ? Vous m'avez l'air un peu agité. Vous dormez bien la nuit ?
Je m'enfonce un peu plus dans ma chaise.
– Oui, mais je veux des highlanders... Je veux juste un bon récit de highlanders, une histoire sérieuse, travaillée, qui me fasse vibrer, et pas le truc qu'on expédie en trois cent pages et qui laisse un goût d'inachevé.
Ses doigts boudinés se referment sur son Vidal. Il le consulte brièvement. Je l'entends qui marmonne.
– Syndrome du Highlander, évidemment, il n'y a rien...
Il reprend à haute voix.
– Je n'ai pas ça en stock. Je vais vous prescrire un peu de magnésium, et des plantes pour vous détendre. On va aussi faire une prise de sang, pour vérifier que tout va bien. Et on va se revoir. Disons, la semaine prochaine. Vous devriez commencer à sentir les effets. Vous semblez fatiguée. Vous travaillez beaucoup non? Il faut lever le pied, attention au surmenage.

La porte de son cabinet se referme doucement derrière moi. Je tiens une ordonnance entre les doigts. Mais je n'ai rien sur les highlanders. J'aurais peut-être dû consulter sa femme, elle a sans doute des pistes. J'en parlerai à mon médecin la semaine prochaine.



vendredi 11 septembre 2015

Un mari récalcitrant, Les sœurs Charbrey tome 2, Cassandra O' Donnell.

- Ton fiancé sait-il à quel point tu peux être insolente dans l'intimité ?
- Non, mais moi je sais à quel point tu peux être mufle devant tout le monde, rétorqua Rosalie avec un sourire glacial.
Rosalie Charbrey ne parvient pas à y croire. Comment le duc de Langford, l'homme qui l'a séduite et abandonnée deux années plus tôt, ose-t-il se comporter d'une manière aussi odieuse ? Que cherche-t-il après tout ce temps ? À ruiner son bonheur et son prochain mariage avec le jeune et charmant vicomte d'Edgfield ? Bah, peu importe si ce débauché semble, pour une raison obscure, déterminé à lui rendre la vie impossible, Rosalie est fermement décidée, elle, à résister aussi bien à ses assauts qu'à gagner la guerre que « Sa Grâce » vient de lui déclarer...

Une bonne romance historique est un peu comme un énorme gâteau au chocolat pour moi. Trouver du chocolat de qualité n'est pas une chose aisée. Je me damnerais pour du chocolat blanc, mais du bon. Celui qui va me mettre de bonne humeur toute la semaine, me faire sourire même quand mon chef m'annonce qu'il ne peut pas payer mes heures sup, celui qui va me faire écouter les histoires de ma collègue-qui-voit-tout-en-noir sans sourciller... Trouver ce chocolat relève du parcours du combattant. Et trouver un gâteau élaboré à partir de ce chocolat également. Mais il fait pourtant toute la différence.

D'ordinaire, j'aime beaucoup ce que fait Mme O'Donnell. Sa saga Rebecca Kean n'a pas à rougir devant les étals des sagas américaines et le tome 1 des Sœurs Charbrey, malgré quelques défauts, m'avait fait passer un agréable moment.

La lecture du tome 2 me laisse une drôle de sensation. Celle de la frustration. Celle d'un dessert alléchant et pour lequel le goût n'est pas au rendez-vous. Tous les éléments sont là pour avoir un récit efficace. La plume de l'auteure est vive et pleine d'un humour qui rend les dialogues succulents, les personnages sont croustillants, mais... Il manque cet aspect historique bien développé, un approfondissement des émotions et des situations qui font que, cuillère après cuillère, on se ressert et on finit le gâteau tout entier alors qu'au début, on s'était promis de n'en prendre qu'une part. Une toute petite part.

Tout s'enchaîne trop vite, les difficultés sont franchies en un tour de main. Le glaçage coule, il ne tient pas. Les personnages sont ébauchés, mais ils manquent de consistance. L'apparence est belle, mais la saveur reste fade. Le personnage de Rosalie m'avait mis l'eau à la bouche : une auteure à une époque où être une femme et écrire n'étaient pas synonymes de respect avait le goût de l'interdit, de cette crème dont on salive à l'avance et dont on se délecte, et qui, on l'espère, fondra sur la langue. Ses retrouvailles avec John promettaient beaucoup, le piment qui relève l'ensemble, le mélange du sucré et du salé, mais le craquant ne craque pas et le mélange ne prend pas.

Cette lecture me laisse un goût d’inachevé qui m'embête beaucoup. Trop de légèreté peut-être... Quand je mange un gâteau au chocolat, je ne fais pas attention aux calories. Pas assez de décorum, de saveurs pour enrober l'histoire... Finalement, les défauts du tome 1 ont pris un peu trop d'ampleur, et j'ai eu l'impression d'être mise au régime. Et je n'aime pas être au régime.

lundi 24 août 2015

Mr. Darcy's noble connections (los ilustres vínculos del señor Darcy), Abigail Reynolds

(Traduction personnelle)
Il n'y a qu'une seule chose sur laquelle le libertin Lord Charles Carlisle et son cousin, Fitzwilliam Darcy, peuvent tomber d'accord : une fête organisée par la Marquise de Bentham est, par définition, horriblement ennuyeuse. Pour éviter de sombrer dans l'ennui, Lord Charles Carlisle parie qu'il peut séduire la belle amie de sa sœur pendant son séjour à Bentham Park. Après tout, il s'agit là d'argent facile pour un séducteur expérimenté. Qu'est ce que cela changerait si son cousin n'approuvait pas ce comportement ?
Mais Darcy découvre que sa nouvelle victime n'est autre qu'Elizabeth Bennet, la femme qui a refusé sa demande en mariage. Il ne peut rester les bras croisés quand la réputation de la femme qu'il aime peut être cruellement ruinée.

Ahhh, Mr. Darcy... Qu'il est difficile quand on est une amatrice de darcyneries de tomber sur un roman qui vaille la peine. Beaucoup de choses ont été écrites, peu ont été traduites, mais finalement, devant certains ratés, ce n'est peut-être pas plus mal. Abigail Reynolds a publié de nombreux What If sur O & P, avec plus ou moins de réussite d'ailleurs. Son Elizabeth Darcy m'a laissée tellement perplexe que je ne suis pas sûre de le chroniquer. 

Mais on ne se refait pas, fan de Mr Darcy je suis, fan de Mr. Darcy je resterai, j'ai donc passé l'été à traquer toute darcinerie disponible en français ou en espagnol. Oui, oui, je suis un brin obsessionnelle...

Premier constat sur ce roman, la traduction espagnole est mauvaise. Inutile de vous rappeler que je ne lis pas en anglais, my english is so bad... il me faut trois heures pour comprendre deux lignes (et je dois même parfois demander à Melliane de me traduire des trucs, j'imagine d'ailleurs sa tête si je lui demandais une darcynerie en ENTIER !), donc vous imaginez, un Mr Darcy dans ces circonstances : Impossible ! (avec l'accent anglais s'il vous plaît). Mr Darcy fait partie de ces petites douceurs que l'on savoure avec délectation. Comme d'habitude, je m'égare, very, very... mucho, mucho. Donc traduction pleine de fautes et mise en page approximative. Ça commençait bien. Et puis le résumé, mouais... pas convaincue. Je voulais du Mr Darcy moi, pas du Lord Machin-bidule-chouette. Pas grave, quand on aime, on ne compte pas, et l'espoir demeure.

Je me lance donc à l'assaut de cette histoire, tremblante d'émotions (je dis des choses superbes je trouve de si bon matin!) et surtout de craintes de lire un truc plein d'inepties. Parce Darcy + truc plein d’inepties = Moi très en colère. Et Moi très en colère = Moi qui relis encore et encore O & P pour la énième fois et qui peste contre Jane Austen de ne pas avoir écrit plus de pages. Et je ne veux pas pester contre Jane Austen.

Eh bien non ! Même pas une petite brise de colère. Rien du tout, nada! Mon cœur de midinette a enchaîné salto après alto (c'est un grand sportif, je songe même à préparer les JO de "Gymnastique Rythmique spécialité Coeur" après une telle lecture), j'ai exécuté des pas de danse victorieux à l'étage pendant que je lisais des passages savoureux (mais à l'abri du regard de Doux Chéri, j'ai ma dignité quand même!) et je me suis enfermée à maintes reprises aux toilettes pour profiter de ma lecture en toute quiétude. Ahhhh...

Contrairement à La conquête de Mr Darcy, Abigail Reynolds respecte davantage des codes de l'époque en ce qui concerne l'évolution en société et les rapports hommes/femmes (donc non, Mr Darcy n'est pas grivois!). L'importance du lignage est mise en avant. Les relations familiales, le sang priment bien évidemment sur la fortune. On a beau être fortuné, si le titre est absent, la  reconnaissance le sera aussi, pour laisser la place à la condescendance et au mépris.

Or, Mr Darcy a un très bon ami, Geoffrey aux finances aisées, mais au sang discutable. Et ce très bon ami est fou amoureux d'une jeune femme de la haute noblesse (vous suivez ? Parce que le résumé ne fait pas du tout mention de ce point essentiel et beaucoup plus intéressant que le Lord-Bidule!). La noblesse de Mr Darcy va donc être la clé pour entrer à Bentham Park... (qu'il est généreux notre Mr Darcy quand même... Si on en doutait, hop, une preuve supplémentaire). Et qui est l'amie de cette jeune femme ? 

Attention, roulements de tambours... Le suspense est insoutenable...

Et oui, c'est notre Elizabeth. Voilà, voilà... Le cœur de Mr Darcy rate un battement en la voyant, le mien en rate une série complète et j'en viens même à me demander si je ne vais pas faire une crise cardiaque. Et je danse dans le couloir en me trémoussant, parce que franchement, cette histoire est vraiment, vraiment une bonne darcynerie !

Abigail Reynolds imagine une enfance un peu différente pour Elizabeth mais complètement cohérente. Les relations sociales sont très bien définies, les freins à l'amour également. Beaucoup de choses se produisent, la vie est loin d'être une mer sans vagues (je suis très inspirée, je vous l'ai dit...), et moi, j'ai gloussé comme une folle et je me suis beaucoup dandinée (j'en ai même attrapé une crampe!).

Bon, un dilemme essentiel subsiste malgré tout. Colin ou Mathiew ? N'oublions pas que Mr Darcy a la classe qui sied à son ramage... euh lignage...

Admirez un peu :


(Long soupir....) On a même envie de passer nos doigts dans ses jolies bouclettes ! Quelle élégance, quel port de tête....


Soyons réalistes, Mathiew a la classe d'un cocker mouillé...

(Même la coupe de Mr Bingley est plus élégante!)

D'ailleurs, je n'ai même pas besoin de chercher à attirer les foules à coups de cookies comme certaines (non, non, mon regard n'a pas du tout désigné Le Chat du Cheshire et L'ancre littéraire d'une blondinette, mais alors pas du tout). "Votez pour Mathiew, on a des cookies!" ai-je lu.  Sans parler des attaques gratuites telle que la constipation supposée de Colin. Pfff, de viles attaques qui ne sont que des coups d'épée dans l'eau. Colin a une classe, une élégance naturelles... Alors pas besoin de m'abaisser à soudoyer les gens avec des cookies! Faire confiance à leur bon goût est suffisant!


dimanche 2 août 2015

Edenbrooke, Julianne Donaldson

Eprise de liberté, Marianne Daventry n'est pas heureuse à Bath. Lorsque sa soeur l'invite à passer l'été à Edenbrooke, la jeune femme n'hésite pas une seconde. Devant parfaire son éducation, condition sine qua non pour pouvoir prétendre à l'héritage de sa grand-mère, Marianne tente désespérément de ne pas se laisser charmer par le maître des lieux, sir Philip, séducteur patenté. Parviendra-t-elle à contenir les élans de son coeur ou succombera-t-elle à son sourire ?

Le problème quand on aime Mr Darcy, c'est qu'il y a finalement peu de What if ou autres récits qui s'en inspirent et qui sont de qualité. N'est pas Jane Austen qui veut... Alors on se rabat sur autre chose, une couverture vraiment réussie, un résumé que l'on qualifie de « mignon » même si on n'est pas convaincue, désespérée que l'on est que Sir Philip s'appelle Sir Philip et pas Mr Darcy.

Mais on a raison de garder l'esprit ouvert et de goûter à autre chose, parce que Sir Philip... Il vous fait avoir des nuées de papillons dans les entrailles. Avec Sir Philip, votre coeur se met à faire de la gymnastique, le sang dans vos veines décide de faire concurrence aux Formules 1... Vous imaginez son sourire, et pof... vous avez envie de tournoyer, un peu comme Marianne, quitte à vous prendre un arbre ensuite.

Tous les ingrédients classiques sont réunis dans cette petite romance : la jeune femme un peu rebelle, la famille un peu pénible, le beau noble au cœur à prendre, un peu d'aventure, de l'humour... « Classiques » n'est pas forcément synonyme de « mélange réussi », loin de là. On peut avoir tous ces ingrédients et que la sauce ne prenne pas, que le soufflet reste aussi plat qu'une quiche-lorraine, ce qui est particulièrement dommage vous en conviendrez. Mais dans Edenbrooke, le soufflet est vraiment délicieux.

Marianne est le type de personnage que j'aime beaucoup. Pas la plus belle, pas la plus voyante, mais avec de l'esprit et de l'humour et avec un sens de la répartie sans égal. Evidemment, elle mériterait quelques baffes, mais sans ces dernières, elle ne serait pas une bonne héroïne de romance historique.

Sir Philip est... le héros idéal (comment ça je radote? Mais non, pas du tout!). Un grand cœur qui veut se marier par amour, plein de considération et de retenue, avec un sens des responsabilités parfois un peu démesuré, mais on lui pardonne devant sa patience sans failles.

Les autres personnages sont intéressants, bien développés. L'échange épistolaire entre Marianne et sa grand-mère est hilarant, et je regrette d'ailleurs que l'auteur n'ait pas inséré plus de réponses de la grand-mère. Sacré personnage que celui qu'ébauche Julianne Donaldson... La sœur de Marianne mériterait elle aussi son lot de baffes (ça doit être un truc de famille, même si les raisons sont différentes), mais elle est un bon prétexte pour s'attarder sur les moeurs de l'époque.


Et mention spéciale à l'auteur qui nous livre une romance historique dans laquelle les personnages ne perdent pas leurs vêtements toutes les dix pages. Si vous cherchez du torride, du sulfureux, passez votre chemin! Si vous voulez de la douceur et des sentiments (en gros si vous êtes une midinette comme moi...), alors rendez-vous à Edenbrooke !

samedi 18 juillet 2015

La conquête de Mr Darcy, Abigail Reynolds

Dans le célèbre Orgueil et préjugés de Jane Austen, après que la belle mais impertinente Elizabeth a refusé sa demande en mariage, Mr Darcy, déçu, irrité, s'explique longuement dans une missive, puis se met en retrait. Et s'il existait une autre version selon laquelle Mr Darcy se montrait sous un jour nouveau ? Si, profondément bouleversé, il entendait les conseils de son cousin, qui l'exhorte à l'action, et se déterminait à conquérir le coeur de la jeune femme ? S'il redoublait d'efforts et de ruse pour faire changer Elizabeth d'avis ? Cette histoire existe, et elle raconte comment Mr Darcy va prouver son amour à l'intrépide Miss Bennet...

Je viens de découvrir une vérité profonde qui m'attriste. Le monde est scindé en deux. Cette division est simple mais sans appel : il y a ceux qui ont bon goût, et ceux qui, malheureusement, jouissent d'un goût plus que discutable. Surtout quand il s'agit de Mr Darcy et de Colin Firth.

Cela m'inquiète d'ailleurs. Lire de l'Ancre d'une Blondinette que Colin fait un Darcy constipé ? Je ne ferai aucun commentaire, si ce n'est « Nanméo, ça va pas la tête ! » J'aime beaucoup flâner sur son blog et rien ne laissait présager une telle faute de goût. Comme quoi cette scission est perverse, elle peut frapper n'importe qui, même ceux que l'on pensait dotés de bon sens. Pour le Chat du Cheshire, j'étais résignée. C'est incurable. Elle se rattrape avec Richard Armitage, mais sa raison est quand même altérée. Melliane, par contre, est une valeur sûre. Un goût inébranlable, indiscutable, d'une noblesse sans nom...

Colin constipé ?! Pfff, pas du tout... Il est tout en élégance, en retenue...


La démonstration par l'image :

Ce que n'est absolument pas le Darcy de ce roman d'Abigail Reynolds. L'auteure part donc de ce fameux « What if », ce « que ce serait-il passé si.. » (Melliane, je sais que tu es fière de moi et de mon anglais!) pour imaginer un Mr. Darcy tenace (jusque-là tout va bien), prêt à tout pour conquérir Elizabeth (à ce stade, ça peut encore aller). Tellement prêt à tout que quand il la sent flancher, des ailes lui poussent dans le dos, mais pas pour en faire un ange de retenue. Non, non, Mr Darcy devient un homme pouvant à peine se contrôler.

Et moi, mon Mr Darcy, je ne l'imagine pas du tout comme cela... C'est là où le bât blesse. Si les personnages avaient eu un autre nom, s'ils n'avaient pas été rattachés à O & P, j'aurais pleinement savouré cette lecture grivoise et diablement efficace. Mais on parle de Mr Darcy, mon Mr Darcy, mon homme idéal dans la littérature... Et il doit être capable de contenir ses pulsions (très bien qu'il ait des pulsions, Mr Darcy est un homme, un vrai... mais de là à franchir certaines limites... euhh, pas mon Mr Darcy! I am choqued !)

Hormis ce léger détail, rien à redire sur le récit. L'écriture est vive, agréable, les situations vraisemblables. Le récit défile aussi vite que les pages. 

Non, seul problème, mon Mr Darcy est un homme qui respecte les convenances... 

(et non, Colin Firth n'a pas l'air constipé !) 

Vous ne trouvez pas qu'il a un air de cocker celui-là? :


PS: Pardon les filles! 


lundi 13 juillet 2015

Insaisissable Mr Darcy, Kara Louise

Et si la destinée d'Elizabeth et Darcy était contrariée ? Après le décès de son père, Elizabeth Bennet est envoyée comme gouvernante chez les Willstone. Ces derniers sont proches des vénérables familles Bingley et Darcy. Une fois n'est pas coutume, Elizabeth se retrouve dans le voisinage du séduisant mais terriblement insaisissable Fitzwilliam. Et pour ne rien arranger, la soeur de Mrs Willstone jette son dévolu sur ce dernier, redoublant de ruses pour le séduire. Avec le statut social qui est le sien, Elizabeth sait pertinemment que tout espoir concernant Mr Darcy est vain. D'ailleurs, c'est certain, il ne lui renouvellera jamais ses voeux. Car un an plus tôt, elle refusait sa main...

Devinette du jour : quel est l'homme idéal ? Bon d'accord, c'est Doux Chéri (sauf quand il me cache le colis de livres que je viens de recevoir, comme aujourd'hui). Précisons un peu alors. Quel est l'homme idéal dans le monde de la littérature ?

Attention, suspense insoutenable... Roulements de tambours...

Mr Darcy !


Et dans une adaptation télévisée, Colin Firth, bien sûr... Le Chat du Cheshire, je te vois venir de très, très loin. Non, ce n'est pas discutable, Colin Firth est l'incarnation parfaite de Mr Darcy. (On a déjà parlé de tes goûts parfois... contestables... lol) D'ailleurs, une petite illustration ne fera de mal à personne :


Ou encore version Bridget Jones:



Même si parfois, il a des goûts que l'on peut remettre en question.

Mais « ahhhh ... », je suis prête à lui pardonner ce fashion faux pas... (Très long soupir)

Reprenons donc après cette brève parenthèse. Mr Darcy est Mr Darcy. J'ai dû lire... euh, joker... J'ai lu et relu (et relu, et relu, et relu...) Orgueil et Préjugés rien que pour lui (et un peu pour Elizabeth, quand même). Je vais avoir l'impression de radoter, mais tant pis. 

J'adore vraiment l'univers des romans de Jane Austen, et O & P reste, de loin, mon préféré. Évidemment, les austeneries me tentent beaucoup, mais en général, je reste prudente. Il est très difficile de rivaliser avec l'original et la déception est souvent au rendez-vous. Des personnages que je ne reconnais pas, une écriture parfois douteuse, une ambiance ratée... La meilleure stratégie reste la patience : les copines blogueuses donnent de bonnes indications sur la qualité de telle ou telle austeneries.

Insaisissable Mr Darcy fait partie de cette vague de « What if » (oh, my god, Melliane, tu as vu, il y a de l'anglais dans ma chronique !), que l'on résumera en « Qu'est-ce qui se serait passé si... ? ». Une réécriture de O & P donc. Alléchant. Et une réécriture plutôt bien perçue par la Toile.

Aucune déception dans cette lecture, pas de bémol non plus. Bien sûr, l'original reste incomparable, mais Kara Louise a eu le mérite de recréer parfaitement l'ambiance du roman et de respecter les caractère des personnages. La retenue de Mr Darcy, sa timidité austère, les bons sentiments d'Elizabeth malgré ses jugements hâtifs.

Je me suis laissée porter par ce récit bien mené. La situation initiale est vraisemblable, les situations vont crescendo sans perdre de leur élégance (je n'aurais jamais cru d'ailleurs que le simple fait qu'une dame prenne le bras d'un gentleman et qu'il enlace ses doigts dans les siens m'aurait fait glousser comme une idiote. J'ai adoré ce passage, et pourtant, il ne se passe rien d'autre que cela entre eux), il y a des interdits, mais toujours en respectant ce que sont nos héros. Et moi, comme une midinette, j'ai frémi, vibré, et j'ai même relu certains passages qui m'avaient particulièrement plu parce que j'avais la sensation de retrouver un peu, beaucoup d'O & P. 

J'avais lu quelques critiques quant à la traduction parfois hasardeuse de certains mots. Si je suis honnête, Mr Darcy m'a tellement séduite que je ne m'en suis pas rendu compte. L'homme idéal je vous dis...

Bon, Le Chat, pour me faire pardonner :