Sous le regard émerveillé de leur
fils, ils dansent sur « Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est
magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n'y a de place que
pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Celle qui mène le bal, c'est la mère,
imprévisible et extravagante. Elle n'a de cesse de les entraîner dans un
tourbillon de poésie et de chimères. Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et
père et fils feront tout pour éviter l'inéluctable, pour que la fête continue,
coûte que coûte.
L'amour fou n'a jamais si bien
porté son nom.
L’amour est folie et la folie est amour...
Le narrateur, un enfant qui vit enveloppé de
l’amour de ses parents, se sent en parfait décalage avec le monde extérieur.
Rien de ce qu’il voit ne trouve d'écho dans ses repères personnels. La maîtresse
ne répond pas à ses questions, ses camarades l’ennuient, l’ordre dans la rue l’interpelle.
Il n’y a que chez lui qu’il est bien, que chez lui où il peut être lui, parce
que ses parents le lui ont appris depuis tout petit, être soi-même est
essentiel. C’est d’ailleurs le cas de son papa, qui chaque jour, affuble d’un
nouveau prénom son épouse. Et sa maman, elle aime danser, et a une grue en tant qu’animal
domestique. Mademoiselle Superfétatoire. Vient dîner chez eux le gratin de la
ville, qui rit devant les exubérances de ses parents. Parce que le bonheur, c’est
cela, c’est être soi-même.
Mais si être soi-même n’était pas ce que l’on
croit ?
Je me suis lancée avec une curiosité vive dans
ce petit roman dont j’avais beaucoup entendu parler. Et force est de constater
que je n’ai pu le lâcher. Derrière l’humour des mots, le regard enfantin du
narrateur, les écrits du père, se cache une réalité plus dramatique, qui vous étrangle et vous fait voir le monde autrement. Mais comme la vie ne
peut pas être tragique, elle se doit d’être fantastique, féérique, nos protagonistes
s’efforcent de danser, de rire, de vivre, tout simplement. D’être ce qu’ils
sont.
Même quand l’indicible affleure, même quand la réalité les rattrape.
Je
me suis prise au jeu de ses mots, je me suis immergée dans cette folie, et je
me suis rendu compte que finalement, ce récit n’était rien d’autre que celui de
l’amour. Alors je me suis laissé porter, et la dernière page venue, j’ai versé
quelques larmes. Parce que c’est ça l’amour aussi.
Un petit bijou à découvrir...


