Dans
le Harlem des années 1940, le combat acharné de Lutie Johnson,
jeune mère célibataire noire, qui tente de s'élever au-dessus de
sa condition. À Harlem, dans les années 1940, une jeune mère
célibataire noire se démène pour offrir à son fils, Bub, une vie
digne de ce nom.
En
approchant de sa station, elle se disait qu'elle n'avait pas peur de
la rue, ni de son influence. Elle était décidée à les combattre.
Des rues comme la 116e, réservées aux nègres ou aux mulâtres –
avec tout ce que cela signifie – avaient fait de Pop un vieil
ivrogne timide et tué Mom quand Lutie était encore tout bébé.
Dans
cet immeuble où elle habitait actuellement, c'était aussi la rue
qui avait amené Mrs. Hedges à faire de sa chambre un bordel. Et le
concierge, la rue l'avait maintenu dans les bas-fonds, loin de l'air
et de la lumière, jusqu'à ce que l'horrible obsession de la chair
l'ait dévoré. Et c'était encore la rue, ou d'autres semblables,
qui avait conduit Min, la femme qui vivait avec lui, à cet état
d'atonie et de molle résignation qui la faisait ressembler à une
lavette humide. Mais rien de tout cela ne lui arriverait à elle,
Lutie, parce qu'elle avait la volonté de lutter sans relâche.
Lutie
Johnson n'a qu'une idée en tête : l'avenir. Elle rêve de
donner un avenir à son fils, Bub, et bien que la vie ne l'ait pas
épargnée, elle est décidée à y parvenir, quitte à faire des
sacrifices. La première étape consiste à quitter l'appartement
qu'elle partage avec son père, un alcoolique notoire, et sa nouvelle
compagne pour avoir son propre logement. Malheureusement, son budget
lui impose des limites, elle devra donc s'installer dans la 116è rue
de Harlem. La rue des noirs.
C'est
un portrait sans concession de l'Amérique des années 40 que nous
livre Ann Petry, un récit dur, brut, comme cette rue où blancs et
noirs ne se fréquentent pas, ou les uns et les autres ne font que
survivre. Luthie est amenée à y croiser une galerie de personnages
ambigus, où la frontière entre le bien et le mal est ténue. Le
concierge et son regard vicieux porté par sa folie, Mrs Hedges qui
passe son temps accoudée à son balcon à observer tout ce qui se
passe dehors, tandis que ses filles apportent de la satisfaction à
des hommes de passage, même des hommes blancs...
Luthie
est un personnage fort, qui derrière les rêves frivoles dus à son
âge, cache un être courageux, prêt à tout pour assurer l'avenir
de Bub, son fils. A tout ? Non, pas exactement. Jamais elle ne
se prostituera, jamais elle ne travaillera pour Mrs Hedges. Jamais
elle ne fricotera avec ces blancs qui la regardent de haut, ces
blancs qui la méprisent. Au fil des pages, elle se bat sans relâche
et franchit les embûches, sans céder au découragement. Le travail
va payer, le travail sera l'ascenseur social dont elle rêve, et
certainement pas sa beauté, comme le prétend Mrs Hedges. Oui, elle
en est convaincue, le monde ne peut pas être si laid.
J'ai
adoré ce roman pourtant sombre dans lequel luit malgré tout la flamme de
l'espoir, celle de Luthie qui porte le récit. Les personnages sont
très bien travaillés et m'ont fait ressentir une myriade d'émotions
parfois contradictoires. Pour Mr Jones, le concierge, le verdict a
été sans appel : du dégoût. Sa folie ne pouvait rien
susciter d'autre. Mais pour Mrs Hedges, rien n'a été simple. Ce
personnage m'a fascinée... Je n'ai pas réussi à trancher. Ordure ?
Victime ? Difficile à dire, mais cette dualité résume à elle
seule l'âpreté de ce récit et la violence de cette époque. Un
petit bijou sur l'Amérique des années 40.






