dimanche 9 novembre 2014

Le divin enfer de Gabriel, Tome III, Sylvain Reynard

Le Professeur Gabriel Emerson a quitté son poste à l'université de Toronto afin de suivre sa bien-aimée Julia. Ensemble, il sait qu'ils pourront faire face à tout. Et il est impatient de devenir père. Mais les études de Julia menacent les plans de Gabriel. Lorsque l'on confie l'honneur à la jeune femme de donner un cours à Oxford, Gabriel est forcé de se confronter à Julia - ses recherches viennent s'opposer aux siennes. Et à Oxford, plusieurs personnes ressurgissent du passé, incluant une vieille ennemie prête à tout pour humilier Julia et dévoiler l'un des plus sombres secrets de Gabriel. Afin d'affronter ses derniers démons, Gabriel décide de faire des recherches sur ses parents biologiques, déclenchant une chaîne d'évènements qui aura des répercussions sur lui, Julia, et son espoir de former une famille.

Il y a des livres qui ont déclenché chez nous un tel engouement que notre mémoire caresse encore le souvenir des émotions déclenchées. Le tome 1 du Divin enfer de Gabriel de Sylvain Reynard avait été une vraie révélation, un tourbillon de sentiments qui avait accompagné les balbutiements de ce blog. Le tome 2 une déception à la hauteur de l'exaltation du premier. Je n'avais pas retrouvé ce qui m'avait fait tant vibrer, l'auteur m'avait perdue en route à coups de Dante et de religion qui, s'ils me semblaient faire partie intégrante du tome 1 (surtout Dante) -et en faisaient d'ailleurs un roman complètement original dans le genre-, m'avaient paru plaqués maladroitement dans la suite.

Mais l'ombre du 1 planant encore sur cette histoire, j'attendais le tome 3, pour finalement savoir quels souvenirs je garderai. Non sans appréhension.

Pas de déception cette fois-ci. Pas un enthousiasme débordant non plus qui me ferait braver le courroux de la Cerbère-Rousse et ses chiens de garde au mordant bien aiguisé (qui ont d'ailleurs laissé un doux souvenir à mon popotin lors de mes récentes aventures avec les livres-addicts), mais un sentiment de satisfaction malgré tout. Ce tome 3 clôt vraiment bien l'histoire de Gabriel et Julianne.

La relation amoureuse stable que le beau Gabriel vit maintenant avec la douce Julianne l'a assagi, ses démons se sont apaisés, et il avance sur le chemin de sa rédemption. Julianne se bat quant à elle pour exister ailleurs que dans l'ombre de son mari si brillant, elle lutte pour être reconnue et ne pas être que la femme du Professeur Emerson.

C'est un tome plus paisible que nous livre Sylvain Reynard, celui où l'on chasse les dernières ombres du passé et où on se construit vers l'avenir. La rédemption de Gabriel est toute proche, les embuches beaucoup moins importantes. Il est plus que jamais épris de sa belle Julianne, et lui, si égoïste par le passé, découvre ce que c'est de vivre pour l'autre.

Dante est toujours présent, mais de façon beaucoup moins maladroite que dans le 2. L'érudition est au service de l'histoire, et n'est plus aussi artificielle que dans le 2.
La religion est toujours là elle-aussi, et si ce point me dérange toujours autant, je l'ai accepté comme faisant intégralement partie des personnages, grandement aidée par la plume de l'auteur.

Les derniers chapitres ont même fait naître une boule émue dans ma gorge. Midinette je suis et midinette je resterai, et cette fin a été pour moi la fin parfaite. Certains lui reprocheront son coté naïf et attendu, moi je remercierai simplement l'auteur de ne pas m'avoir fait faux bond. Il fallait que ça se termine comme cela s'il ne voulait pas subir les foudres de mon ire.

Mais voilà, cette fois-ci, c'est belle et bien la fin... Et si je sais d'ores et déjà que certains défauts seront pointés du doigts (les enchaînements entre les chapitres sont parfois très décousus par exemple), je ressors de ma lecture avec une pointe de satisfaction. Pas un livre de la liste-noire-des-livres-interdits, mais quand même...


Merci beaucoup à Marie Decrême et aux Edition Hugo&cie de m'avoir permis de continuer cette aventure. Mille fois merci...

samedi 8 novembre 2014

La dernière fugitive, Tracy Chevalier

Quand Honor Bright se décide à franchir l'Atlantique pour accompagner, au coeur de l'Ohio, sa soeur promise à un Anglais récemment émigré, elle pense pouvoir recréer auprès d'une nouvelle communauté le calme de son existence de jeune quaker : broderie, prière, silence. Mais l'Amérique de 1850 est aussi périlleuse qu'enchanteresse ; soumise pour quinze ans encore à l'effroyable régime de l'esclavage, traversée de toutes sortes d'épidémies, torturée par une nature capricieuse, rien dans cette terre ne résonne pour elle d'un écho familier. Sa soeur emportée par la fièvre jaune à peine le pied posé sur le sol américain, Honor se retrouve seule sur les routes accidentées du Nouveau-Monde. Seule, aussi, pour se frayer une nouvelle vie. Très vite, elle fait la connaissance de personnages hauts en couleur, dont son expérience de jeune fille pieuse ne lui aurait jamais laissé soupçonner l'existence.

Avertissement: « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite »

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L'hiver approche, les températures ont chuté. Je regrette de ne pas avoir pris une veste plus chaude, et j'envie Le Chat du Cheshire bien emmitouflée dans son gros parka. J'ai le nez qui coule, et je commence à renifler. Je vais être malade, c'est sûr, mais ce n'est pas grave. Nous avons une mission.

Melliane se tient à mes côté, frigorifiée elle-aussi. Elle n'est pas habituée à des températures aussi basses, et ses gants sont trop fins pour le vent qui vient de se lever.

-Bon, on récapitule. Opération sauvetage, vous vous rappelez?

Les filles acquiescent doucement. Je vois les rouages du cerveau de Melliane qui se mettent en branle.

-Opération Sauvetage « La dernière Fugitive », hein... C'est tout ! On ne s'éparpille pas!

Johanne grommelle quelque chose à mes côtés, les mains bien enfoncées dans ses poches. La lune se reflète dans les fenêtres du siège des Livres-addicts Anonymes.

-Non Johanne, c'est un coup d'essai, alors ne soyons pas trop ambitieuses.
-Je sais, je sais, me rétorque-t-elle d'un ton las.

Je la comprends, la tâche de ce soir est ardue, un vrai défi. Parce que même si nous menons à bien notre mission, notre joie sera teintée d'un arrière-goût d'amertume. Il faut sauver La dernière Fugitive parce que ce roman en vaut la peine, mais il y en a tant d'autres qui en valent la peine. Et la Liste-noire-des-livres-interdits s'allonge à chaque réunion. La prochaine a lieu demain. Si j'ai réussi à éviter de parler de Lettres Ecarlates lors de la dernière, je sais que la Cerbère-Rousse n'a pas été dupe. Je l'ai sentie me sonder de ses yeux perçants et j'ai même cru que sa crinière allait s'embraser quand ses mèches rougeâtres ont commencé à virevolter. J'ai fait comme si de rien était, ai pris un air naïf qui disait « C'est pour quoi? », mais au soupir de Melliane j'ai senti que je n'étais pas au mieux de ma forme et que je ne gagnerai certainement pas un Oscar pour mon interprétation.

Je sors de mon sac à dos le plaid en patchwork que j'avais confectionné pour ma mère et le jette sur mes épaules. Je suis prête.

-Euh, tu n'as pas plus discret ? me demande Johanne.

Elle ajoute :

-Parce que le turquoise, ce n'est pas l'idéal pour passer inaperçu.
-Le rose non plus, lui souffle Le chat du Cheshire en lui donnant un coup de coude.

C'est vrai que niveau discrétion, on repassera. Je suis drapée d'un patch turquoise et chocolat, Johanne a une grande écharpe rose bonbon qui lui monte jusqu'aux oreilles, Le Chat a opté pour un bonnet orange un peu trop grand pour elle, et Melliane arbore fièrement un gilet jaune « pour se réchauffer le cœur » nous a-t-elle dit. A ce moment précis, nous avons toutes gloussé en même temps, comme dans les romans. Je ne pensais pas d'ailleurs que l'on pouvait glousser, mais ça y est, je viens d'en faire l'expérience. Promis, j'arrêterai désormais de lever les yeux au ciel chaque fois qu'une héroïne glousse. 

Je trouvais pourtant que l'idée du plaid en patch était bonne, c'est une partie de la trame de ce livre, ces bouts de tissus que l'on assemble pour raconter notre histoire.

-Bon, on y va ? s'agace le Chat.

Je comprends cette saute d'humeur, nous la comprenons toutes. C'est un peu sa faute si La dernière fugitive se trouve sur la liste, c'est elle qui l'a livré. Comme nous en avons livré tant d'autres. Nous ne savions pas...

Je repense brièvement à ce roman, l'une de mes lectures les plus saisissantes de ces dernières semaines. Tout y est, une plume remarquable, un récit bien mené, de la tension, des références précises à un contexte historique en transition. Honor est une de ces héroïnes que l'on oublie pas. Femme courageuse, comme tant d'autres à son époque, elle se bat contre son destin et contre les préceptes que la société veut nous imposer. Ses rencontres sont bigarrées, la diversité est une richesse. Ses doigts sont agiles, le patchwork est un témoignage de vie. J'ai tellement aimé la suivre que j'ai maudit certaines de ses décisions, sachant, malgré tout, qu'il ne pouvait en être autrement, c'est une Quaker. Tracy Chevalier m'a entraînée dans ce pays en construction, né d'une différence qui n'est pas toujours acceptée. Et puis, comme l'a si bien dit le Chat, il y a Donovan. Ce personnage détestable auquel moi aussi je me suis attachée. C'est d'ailleurs mon seul regret, ne pas en savoir plus sur lui. Alors oui, je comprends les remords du Chat pour avoir livré ce petit bijou. Mais nous étions faibles.

-Prêtes les filles ?

Elles ne me répondent pas se contentant de hocher la tête. Le moment est grave. Nous allons nous lancer à l'assaut du bastion de la liste-noire-des-livres-interdits, le fief des Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre. Nous allons marquer l'histoire.

-Euh, tu ne crois pas que tu t'enflammes un peu beaucoup là ? me chuchote Melliane.

J'ai parlé à voix haute, le rouge me monte aux joues et j'ai soudain très chaud.

-Bon, on y va?
-Au moins, il n'y a pas de taureau, ajoute Johanne tentant de se rassurer comme elle peut.

Un aboiement furieux se fait entendre.

-Non, mais il y a un chien, constate Le Chat.

Il va falloir vraiment que je me remette au sport, cette histoire devient dangereuse...



dimanche 2 novembre 2014

Alpha et Omega, tome 1, le cri du loup, Patricia Briggs

Anna a toujours ignoré l'existence des loups-garous, jusqu'à la nuit où elle a survécu à une violente agression... et en est devenue un elle aussi. Dans sa meute, elle a appris à faire profil bas et à se méfier des mâles dominants jusqu'à ce que Charles Cornick, Alpha, et fils du chef des loups-garous d'Amérique du Nord entre dans sa vie. Il affirme qu'Anna est non seulement sa compagne, mais qu'elle est aussi une Omega d'une puissance rare... ce qui se révélera très utile pour traquer un loup-garou doté d'une magie si sombre qu'il pourrait menacer l'ensemble de la meute.

Je crois que les loups-garous sont mes personnages préférés d'Urban Fantasy, avec les anges, surtout si ces derniers ressemblent à Raphaël de Nalini Singh... Mais je m'égare. Nous parlions de loups-garous. Logiquement, comme j'aime les loups-garous, je suis une grande fan des aventures de Mercy Thompson, même si l'envie de lire de la bit-lit était un peu tombée dans les limbes de mon cerveau ces derniers temps. Le tome 1 de ce spin off traînait depuis quelques temps dans ma PAL. La lecture de Lacrimosa, puis de Lettres Ecarlates m'a remis un pied dans cet univers. Après avoir exploré les bas-fonds de ma PAL pour voir si un petit Mercy Thompson n'aurait pas crié à l'aide pour que je le sorte de cette marée livresque, je me suis tournée vers Le cri du loup de la même auteure. 

(En ce moment même, je suis en train de jeter un coup d'oeil en biais à Doux Chéri, et d'échafauder des plans pour contourner ma promesse de non-achats livresques qui a été reconduite pour ce mois-ci encore. Note pour moi-même : être encore plus prévoyante lorsque le feu vert s'affichera et anticiper les périodes de disette. C'est-à-dire remonter le niveau de ma PAL, tous genres confondus... Ma banquière va trembler!)

Décidément, je m'égare beaucoup dans cette chronique. Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos loups-garous.

Dans ce spin off, L'auteure nous fait découvrir la meute du Marrok, avec Bran bien sûr, Samuel, mais surtout Charles et Anna. Mercy et Adam sont mentionnés, fins repères à cette histoire pour les fans, mais rien de plus. L'univers est proche de celui de Mercy, mais s'en éloigne aussi, la meute du Marrok n'a rien à voir avec celle d'Adam. C'est là une qualité, une vraie.

Sans être une lecture digne de la liste-noire-des-livres-interdits, j'ai aimé replonger dans ce monde. Il y a des maladresses, un récit confus par moment, une narration parfois hésitante, mais l'essence même du talent de Patricia Briggs y est, et quelques heures m'auront suffi pour avaler ce roman et pour regretter de ne pas avoir le tome 2 (mais où est donc une bonne PAL quand on en a besoin?) L'évolution des personnages d'Anna et Charles se fait en douceur, Bran a un côté terrifiant que je n'avais pas vraiment perçu dans Mercy, et j'ai très envie d'écrire à ma banquière pour lui dire que je me trouve dans une situation d'urgence et que j'aimerais vraiment, beaucoup, beaucoup lire le tome 2 (la suite de Mercy me conviendrait tout à fait aussi!). Mais je ne suis pas sûre qu'elle prenne cela pour une urgence vitale, surtout devant la taille de ma PAL...

mardi 28 octobre 2014

Lettres écarlates, tome 1 de la saga Meg Corbyn, Anne Bishop



Meg Corbyn est une cassandra sangue, une prophétesse du sang, capable de prédire l’avenir lorsqu’elle s’incise la peau. Une malédiction qui lui a valu d’être traitée comme de la viande par des hommes sans scrupules prêts à la taillader pour s’enrichir. Mais aussi un don qui lui a permis de s’échapper et va la pousser à chercher refuge chez les Autres. Là où les lois humaines ne s’appliquent pas. Même si elle sait, grâce à cette vision, que Simon Wolfgard causera également sa perte. Car si le chef des loups est d’abord intrigué par cette humaine intrépide, peu de choses la séparent d’une simple proie à ses yeux...

Avertissement: « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite »

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    Le froid qui hante ces soirées d’octobre me mord les joues. Je n’ai pas osé mettre mon bonnet bleu, la laine me donne envie de me gratter la tête et je ne voudrais pas que les autres se fassent des idées. J’ai ramené mes mains sur mes genoux, et je me tortille sur le banc : le bois est inconfortable, et je sens la crampe monter dans ma fesse gauche.
    Melliane se tient à mes côtés, son écharpe sombre enveloppant son cou. Ses joues sont rougies par le vent. Derrière nous clignote l'enseigne des Livres-addicts anonymes. Le temps presse, nous avons déjà quelques minutes de retard.

-On est mal…. Vraiment très mal…
-Je sais, répond-elle d’un air compatissant.
-Nan, mais c’est vrai. Si la bit-lit rentre dans les critères de la liste-noire-des-livres-interdits, où va-t-on ?

    Je pousse un long soupir désespéré tandis que Melliane me tapote gentiment le bras.

-Je te l’avais dit…
-Je sais…, bougonné-je.

    Je ne peux m’empêcher d’ajouter en soupirant encore plus fort :

-Mais quand même…. Qu’est-ce qu’il est bien ce tome 1… De l’Urban Fantasy, de la vraie, et de qualité. Un univers original, vraiment bien pensé, haut en détails et couleurs. Des personnages variés, étoffés, qui n’ont rien à voir avec ce que j’ai pu lire avant, un peu comme si l'auteure réécrivait les mythes. Une histoire qui se construit doucement, sans être ennuyeuse. Elle pose les jalons de ce qui viendra après, nous laissant le soin de nous approprier son monde. Des relations progressives, qui vont de la méfiance à la confiance et dans lesquelles le sexe n’est pas un élément central. Rien que pour cela, rien que pour ce récit qui se façonne sur autre chose qu’une relation amoureuse, ce tome 1 mériterait une médaille…

-Ah mais il y a Meg et Simon, hein, me coupe Melliane en fronçant les sourcils. Parce que Simon il est….

    Je ne la laisse pas terminer, et acquiesce avec emphase.

-Oh oui, il est…
-Et Meg, elle est bien elle-aussi…
-Oui, elle est vraiment bien. Pas du tout tête à claques, une héroïne toute mignonnette… Mais avec ses démons…

    Un long silence s’installe entre nous. Je revis intérieurement les moments forts de ce tome 1, et au petit sourire qu’affiche Melliane je devine qu’elle en fait de même.

-Bon, on fait quoi ?

    Elle secoue la tête d’un air navré.

-Je ne sais pas…
-Je ne peux pas en parler pendant la réunion de ce soir.

    Je suis résolue, non, ce n’est pas possible.

-Ah ça non, la Cerbère-Rousse va le brûler. Il faut garder le secret, rétorque-t-elle.
-Oui, il faut garder le secret.

    De nouveau le silence. 

-Tu ne peux pas le mettre là où tu as mis la trilogie Thoughtless ?

    Je réprime un frisson en me levant et machinalement, je me frotte la fesse droite qui porte encore le souvenir de cette rencontre avec ses cornes.

-Ben, il y a un taureau…
-Tu n’auras qu’à courir vite alors…, répond-t-elle en haussant les épaules.

    Mais elle croit que je m’appelle Usain Bolt ou quoi ? 

PS : Et pour les petits curieux, je vous invite à aller lire la chronique de Melliane-la-vilaine-tentatrice sur le tome 2 !

mardi 21 octobre 2014

L'océan au bout du chemin, Neil Gaiman

De retour dans le village de sa jeunesse, un homme se remémore les événements survenus l'année de ses sept ans. Un suicide dans une voiture volée. L'obscurité qui monte. Et Lettie, la jeune voisine, qui soutient que la mare au bout du chemin est un océan...

Et si la mare aux canards de mon enfance était en réalité un océan ? Un océan qui, si je le lui avais demandé poliment, aurait accepté de se glisser dans un seau d'eau. Un océan dans lequel j'aurais pu entrer rien qu'en mettant les pieds dans ce fameux seau. Un océan dans lequel j'aurais pu respirer, sans tuba ni bouteille, et dans lequel chaque infime parcelle de moi aurait existé.

Un décès est souvent l'occasion de revenir sur les lieux de son enfance. Et de se souvenir. Le narrateur se souvient de l'année de ses sept ans, et les histoires qui ont peuplé sa réalité ressurgissent.

Neil Gaiman crée un univers où les contes et l'onirisme dansent avec le réel. Véritable conte pour adultes, L'océan au bout du chemin m'a fait prisonnière de ses gouttelettes et la maison des Hempstock et la jeune Lettie m'ont envoûtée.

J'ai revécu l'expérience des contes de mon enfance dans ce retour vers le passé. Dans les ombres de ma lampe de chevet, j'ai vu ces Puces et ces Nettoyeurs qui auraient parfaitement pu ponctué mes cauchemars d'antan. 

Cette lecture, qui a fait affleurer mes propres souvenirs et les histoires qui peuplaient ma réalité toute enfantine. Ma propre mare aux canards, le Lac aux fées, le calvaire, autant d'endroits chargés d'histoires irréelles. Ma réalité.

Au-delà de l'originalité de l'univers qu'il recrée, il faut avouer que l'auteur a un vrai talent de conteur qui vous prend dans les filets des mots. Ne manquait que sa voix pour me raconter son histoire, soir après soir, pour retrouver cette tradition orale du conte dont il s'inspire.

Une superbe découverte grâce à cette Masse Critique privilégiée de Babelio. Merci aux éditions Au Diable Vauvert pour ce retour dans le temps.

lundi 20 octobre 2014

Requiem pour Sascha, Tome 1 Lacrimosa, Alice Scarling

Sous ses apparences de jeune femme bien dans sa peau, Sascha dissimule de lourds secrets. Orpheline, elle ignore tout de ses origines et surtout d'où lui vient son pouvoir étrange : elle peut posséder les gens d'un simple contact, qui lui suffit à échanger de corps. Elle s'en sert pour voler et traquer les vampires qui ont massacré sa famille adoptive. Jusqu au jour où elle rencontre Raphaël. Immunisé à son pouvoir (et à ses charmes), le mystérieux jeune homme va lui donner les moyens de sa vengeance... au risque de la conduire à sa perte.

Cela fait bien longtemps que je n'ai pas lu de bit-lit ou autre urban fantasy. L'envie s'était envolée. De temps en temps un petit Psi Changeling, mais rien de plus... J'étais sans doute un peu lassée des vampires, loups garous et autres êtres étranges.

Et puis sans savoir pourquoi, elle m'est revenue. J'avais acheté Requiem pour Sascha d'occasion, je ne perdais pas grand-chose si l'ouvrage était mauvais. A l'époque, je n'avais fait aucune recherche dessus. La couverture m'avait plu, le titre aussi. Le moment arrivé, je l'ai tiré de mon étagère.

Si l'on parcourt le web, on va trouver bon nombre de critiques assassines sur ce roman. Je les comprends, mais ne les partage pas complètement.

La première partie du roman m'a interpelée. Sans être originale, -et malgré un langage, je dois bien le reconnaître, parfois un peu trop  relâché- la voûte de l'histoire est intéressante, et le personnage de Sascha, qui plie l'échine sous le poids de son fardeau, plutôt attachant (même si des claques se perdent parfois). Les personnages secondaires auraient gagné à être approfondis, certes, mais cela passe.

La deuxième partie, par contre, m'a semblé beaucoup trop rapide. L'idée est sympa, le personnage de Raphaël aurait pu être envoûtant, mais tout va beaucoup trop vite. Sauf les scènes de sexe qui sont parfois trop longues, elles... L'intrigue aurait gagné à être développée davantage, à être creusée, j'ai eu l'impression de passer à côté de certains détails qui auraient été autant de clés à ma bonne compréhension des évènements. Davantage de tension dramatique n'aurait pas été de refus, plutôt que les hormones de Sascha qui dansent la Bachata. 

Malgré tous ces bémols, je ne peux pas dire que je sois déçue ou mitigée, non. Ce premier tome a bon nombre de défauts, mais il a surtout une qualité, et pas des moindres. Il m'a donné envie de relire de la bit-lit (et même de lire le tome 2). Pas pour effacer ce que je viens de lire, mais parce qu'il a su m'immerger dans son univers. Et c'est déjà une grande réussite... 

mercredi 15 octobre 2014

Balade pour un père oublié, Jean Teulé

Un jeune " clappeur " – celui qui, dans les émissions de télévision, invite le public à rire, applaudir ou se lever – est soudain pris d'un gros coup de blues. Il estime que sa vie n'a plus de sens et qu'il doit aller vérifier ce que pensent de lui toutes les femmes qui ont compté dans sa vie. Le drame est que ces femmes ne se souviennent pas de lui. La star qui lui a souri si gentiment à l'entrée du studio le fait expulser par ses gardes du corps dès qu'il veut lui adresser la parole ; la voisine qu'il a gentiment aidée la semaine précédente menace d'appeler la police s'il continue à l'importuner ; la prostituée avec qui il a passé un si délicieux moment trois ans plus tôt à Amsterdam prétend ne l'avoir jamais vu de sa vie. Une dizaine de femmes vont ainsi lui faire subir les pires avanies...

Une erreur est à l'origine de ma plongée dans ce roman, mais une erreur que je ne regrette pas. Je ne sais pas pourquoi, il y a quelques mois, en faisant mon marché dans la librairie de livres d'occasion que j'affectionne tant, alors que je cliquais sur le bouton « acheter », j'étais convaincue que ce roman évoquait la vie de J. Teulé. Le titre sans doute. Je n'avais même pas pris la peine de lire le résumé, savoir que c'était du J. Teulé me suffisait. Il y a quelques jours, en le prenant sur l'étagère, la question de lire le résumé ne m'a pas effleuré l'esprit. "A quoi bon? Il s'agissait bien sûr une autobiographie". mon cerveau a parfois des ratés...

Dès les premières pages mon erreur me saute aux yeux, ce n'est absolument pas autobiographique, et c'est tant mieux finalement. Je n'aime pas vraiment les autobiographies (paradoxe quand tu nous tiens, mais pourquoi choisir un ouvrage pour lequel on est convaincue que c'en est une ? Les mystères d'une vie livresque...)

Alors je m'immerge à pieds joints dans l'univers décalé de l'auteur, et retrouve les premières touches (ce roman a été publié en 1995) de ce que j'aime tant chez lui. Un réel talent pour les portraits (ces dix femmes sont vraiment très touchantes, tout comme William, ce héros un peu fou à la candeur toute enfantine), un humour décalé où le burlesque côtoie le réel, des scènettes que l'on croirait tirées du théâtre de Guignol mais qui s'enchaînent parfaitement dans cette quête éperdue de la femme qui se souviendra de son vrai nom. Peur de l'oubli quand tu nous tiens.

Comme d'habitude, avec Jean Teulé, j'ai savouré chaque mot, j'ai aimé ce William que d'autres auraient rendu détestable, et j'ai même ressenti de la compassion pour lui. Parce qu'après tout, on a tous peur de l'oubli...