Affichage des articles dont le libellé est roman épistolaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est roman épistolaire. Afficher tous les articles

mercredi 7 octobre 2015

La Septième vague, David Glattauer

Leo Leike était à Boston en exil, le voici qui revient. Il y fuyait la romance épistolaire qui l'unissait en esprit avec Emmi. Elle reposait sur trois principes : pas de rencontres, pas de chair, pas d'avenir. Faut-il mettre un terme à une histoire d'amour où l'on ne connaît pas le visage de l'autre ? Où l'on rêve de tous les possibles ? Où l'on brûle pour un(e) inconnu(e) ? Où les caresses sont interdites ? "Pourquoi veux-tu me rencontrer ?" demande Léo, inquiet. "Parce que je veux que tu en finisses avec l'idée que je veux en finir" répond Emmi, séductrice. Alors, dans ce roman virtuose qui joue avec les codes de l'amour courtois et les pièges de la communication moderne, la farandole continue, le charme agit...

Ma PAL abrite des romans qui sont des sortes de garde-fous pour les temps difficiles, ces moments où, alors que la frénésie du boulot m'aspire dans sa spirale infernale, je deviens hésitante sur le choix de mes lectures. De la romance ? Non, pas envie... De la littérature asiatique ? Non plus... Russe ? Non, non... Un peu de contemporaine française ? Bof... Une fresque historique ? Pourquoi pas, mais celles qui trônent dans ma bibliothèque font toutes cinq cents pages minimum, et cinq cents pages, quand on est fatiguée, surtout si on n'accroche pas, ça peut vite tourner au calvaire.

Dans ces mêmes moments, l'angoisse me guette, tapie dans l'ombre de mon cerveau. Je dois lire, j'en ai besoin, je le sais... La panne de lecture est un concept qui m'est étranger. Lire, oui, mais quoi ? Arggg... Mes ongles souffrent, mes mains entament un ballet avec ma bibliothèque, sortant les ouvrages, les feuilletant pour les remettre finalement en place. L'indécision. Quoi de pire ?

C'est la raison pour laquelle j'ai des livres garde-fous... Ces livres dont je sais que l'histoire m'accueillera tout de suite, dont l'histoire me bercera et dont la fin me laissera un sentiment de bien-être. Parce que les livres garde-fous, ils me sont essentiels...

La Septième vague fait partie de ces romans-parapluies qui s'ouvrent pour affronter les vents et les pluies de la tempête de travail, de ces romans qui vous emmènent à mille lieux de votre quotidien pour vous murmurer des mots doux à l'oreille.

L'ouvrage commence peu de temps après le moment où s'est terminé Quand souffle le vent du nord. Emmi et Léo ne comprennent pas ce qui leur est arrivé. Cette rencontre, d'abord superficielle, quelques bons mots échangés par mail, puis des courriers plus consistants, cette relation naissante, de l'amitié, et puis quoi ?

Difficile de faire cohabiter ces deux existences, ces deux univers. Difficile de croire que tout est possible.

La Septième Vague sera le tome des décisions, de ce que l'on veut, de ce que l'on est prêt à faire, pour soi d'abord, puis pour et avec l'autre.


Cette déferlante qui s'est abattue sur moi n'a pas failli. J'ai retrouvé avec plaisir la correspondance d'Emmi et Leo, ces courriers modernes où l'on ose se dire des choses qu'on ne se dirait peut-être pas dans la réalité. L'heure des doutes est là, mais cette relation née d'un irréel s'ancre dans le réel. Je ne veux pas trop en dévoiler pour ne pas gâcher votre lecture, mais sachez juste que j'ai tout autant apprécié cet ouvrage que Quand souffle le vent du nord. J'ai retrouvé cette légèreté teintée de gravité, cette langue agile et tellement agréable à lire, ce questionnement vers le changement. J'avais bien raison, La Septième Vague était un garde-fou...

samedi 5 juillet 2014

Petites Recettes de bonheur pour les temps difficiles, Suzanne HAYES et Loretta NYHAN

Entre Iowa et Massachusetts de 1943 à 1946 Depuis que son mari a été appelé à rejoindre les forces alliées pour combattre en Europe, Glory Whitehall s'ennuie. Laissée seule avec son fils de 3 ans, enceinte jusqu'aux yeux, la jeune femme cherche une occupation pour tromper la solitude. Un beau matin, Rita Vincenzo reçoit la lettre d'une inconnue du Massachussetts... Entre Glory, jeunette impulsive, et Rita, femme de poigne au grand cœur, se tisse une amitié au fil de la plume. Une correspondance entre deux femmes séparées par des centaines de kilomètres, accidentellement rapprochées par l'absence de leurs époux, partis sur le front. Étayée d'instants complices, de joies, de peines, de drames, cette correspondance offre à chacune des deux femmes un moment de réconfort unique dans un monde bouleversé par les échos de la guerre qui menacent de saper leur courage. Comment vivre dans un monde sans hommes ? Comment égayer le quotidien lorsque tout est rationné ? À qui confier le mal-être, la souffrance de celles qui attendent, impuissantes et fébriles des nouvelles des époux, des fils qu'elles ont vus partir de l'autre côté de l'océan ? Trois ans de correspondance, autant de partage de recettes, de conseils de jardinage, de confidences inavouées... pour l'une des plus belles histoires d'amitié jamais écrites.

Il y a des livres qui pour moi, sont symboles de réconfort et dont je garde un souvenir attendri et plein de reconnaissance. Je me revois encore, peu après le décès de mon père, entrant dans cette librairie, et ressortant avec un petit livre au drôle de titre, Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates (de Mary Ann SHAFFER, Annie BARROWS). Quelques jours plus tard, je le prêtais à ma mère, qui ne me le rendit pas tout de suite. Un « c’était bien » au bout des lèvres dans un sourire que je ne lui avais pas vu depuis longtemps, se vit accompagné d’un « Je l’ai prêté à Michèle », une de ses amies, qui elle-même le prêta ensuite à une autre amie… Il ne me revint qu’un an plus tard, petit livre voyageur, un peu usé, écorné, mais porteur de belles histoires, et du sourire de ma mère que je revois encore.

Il y a quelques jours, j’ai couru dans une librairie : une de mes collègues vit des jours tourmentés, et j’exprime souvent avec des livres ce que je ne suis pas capable de dire avec des mots. Je tombe sur Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles. La couverture ressemble à s’y méprendre au Cercle des amateurs d’épluchures de patates, et le titre… quoi de mieux pour les moments difficiles ? Je repars avec deux exemplaires. Un pour elle, et un pour moi. Tout va bien pour moi en ce moment, mais on a toujours besoin d’un peu plus de bonheur !

Première déception, et ce sera la seule. Ce ne sont pas les mêmes auteures que pour le Cercle (les deux sont des romans à quatre mains). Je ne sais pas pourquoi, mais cela m’a déçue. J’avais envie de retrouver l’ambiance du Cercle, et le fait que les auteures ne soient pas les mêmes m’a effrayée. Pour rien…

Écrire un roman épistolaire est loin d’être une tâche facile. Si on ne donne pas suffisamment d’informations, on court le risque de perdre le lecteur, si on en donne trop, on perd la spontanéité de la lettre. Il faut avoir une écriture précise, qui laisse transparaître le caractère des personnages et qui donne envie de poursuivre une lecture qui pourrait sembler répétitive.

Mission réussie pour les auteures. Elles ont su créer un roman passionnant, qui doit beaucoup, au tempérament si différent de ses deux héroïnes. Issues de milieux sociaux opposés, l’une a l’insouciance de la jeunesse alors que l’autre possède la sagesse des années. Si tout les sépare, l’Histoire les rapproche. Toutes deux sont des femmes de guerre, qui vivent dans l’attente de l’être aimé, parti au front.

Le ton est vrai, sincère, l’on partage leurs doutes, leurs craintes, mais aussi leurs joies et leurs petits moments de bonheur. Les liens se tissent entre elles d’abord, et entre elles et nous ensuite, et l’on vibre au gré de leurs expériences. 

Elles ont réussi à nous offrir un roman charmant, vibrant de sincérité, où les aspirations de ces femmes aboutissent en un petit quelque chose qui s’appelle la liberté. 

Un petit bonheur à lui seul!