lundi 17 juillet 2017

Les heures souterraines, Delphine de Vigan

Chaque jour, Mathilde prend la ligne 9, puis la ligne 1, puis le RER D jusqu’au Vert-de-Maisons. Chaque jour, elle effectue les mêmes gestes, emprunte les mêmes couloirs de correspondance, monte dans les mêmes trains. Chaque jour, elle pointe, à la même heure, dans une entreprise où on ne l’attend plus. Car depuis quelques mois, sans que rien n’ait été dit, sans raison objective, Mathilde n’a plus rien à faire. Alors, elle laisse couler les heures. Ces heures dont elle ne parle pas, qu’elle cache à ses amis, à sa famille, ces heures dont elle a honte.

Thibault travaille pour les Urgences Médicales de Paris. Chaque jour, il monte dans sa voiture, se rend aux adresses que le standard lui indique. Dans cette ville qui ne lui épargne rien, il est coincé dans un embouteillage, attend derrière un camion, cherche une place. Ici ou là, chaque jour, des gens l’attendent qui parfois ne verront que lui. Thibault connaît mieux que quiconque les petites maladies et les grands désastres, la vitesse de la ville et l’immense solitude qu’elle abrite.

Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Autour d’eux, la ville se presse, se tend, jamais ne s’arrête. Autour d’eux s’agite un monde privé de douceur.

Depuis quelques semaines, je ressemble encore et toujours à ça :


Je cours, je cours, je cours...

Comme je suis une femme multifonction, je lis tout en courant (pas pratique je dois l'avouer, mais je maîtrise. Il suffit juste d'éviter les lampadaires, les poubelles et les vaches. Je vis à la campagne je vous rappelle!). 

Je lis quand même beaucoup, et je n'ai évidemment pas le temps de tout chroniquer. Tant pis.

Certains romans m'ont, malgré tout, interpellée, ne serait-ce qu'à cause de leur thématique. Les heures souterraines est l'un d'entre eux.

Mathilde et Thibault ne se connaissent pas, ce ne sont que deux silhouettes dans la frénésie parisienne, deux ombres de plus qui suivent le rythme que leur impose la vie.

Dans ces heures qui défilent à la vitesse de la lumière, on peut parfois se perdre. C'est ce qui arrive à Mathilde et Thibault. Les raisons sont différentes, mais le résultat est le même. Désarroi, absence de repères, violence morale... Tel est leur fardeau, un fardeau malheureusement bien trop ordinaire.

C'est un livre fort que nous livre Delphine de Vigan, fort mais aussi poignant et cruel. Mathilde et Thibault sont deux facettes de ce que nous sommes, travail et amour, et tous les deux sont victimes d'une violence qui pourrait tous nous frapper. Difficile de passer à côté de ces mots toujours justes, difficile de faire comme s'ils ne nous concernaient pas. Ce roman m'a autant dérangée que fascinée, il est un miroir de la vie qui peut nous frapper. Mathilde m'a bouleversée, bien plus que Thibaut d'ailleurs. Sa descente aux enfers est terrifiante, on assiste, impuissants, à sa chute inéluctable. Je l'ai aimée dans sa détresse, mais aussi dans sa force, même si je dois reconnaître que, parfois, j'aurais voulu faire une pause. J'en ai été incapable. J'ai été happée par la noirceur du récit, par ses heures souterraines qui absorbent. Et la fin... Elle est surprenante. Pas totalement noire. Pas vraiment belle. Surprenante. Avec une once d'espoir finalement.

PS : Vous savez quoi...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire