samedi 4 avril 2015

La Bibliothèque des coeurs cabossés, Katarina Bivald

Tout commence par les lettres que s'envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l'Iowa. Après deux ans d'échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu'Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine. Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis - et pas uniquement les personnages de ses romans préférés -, qui l'aident à monter une librairie avec tous les livres qu'Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance. Et lorsque son visa de trois mois expire, ses nouveaux amis ont une idée géniale et complètement folle pour la faire rester à Broken Wheel.
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Résumé des Chroniques de la Liste-noire-des-livres-interdits.
Une sombre menace plane sur nos livres-chéris, sur ces ouvrages qui nous transportent jusqu'à pas d'heure dans la nuit et nous font rêver encore et encore dans la journée : les Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre les ont déclarés « dangereux pour l'humanité », et nous somment, nous, les humbles lecteurs, de les leur livrer. Voici l'histoire de notre rébellion! 
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Salon du Livre de Paris

J'entre enfin dans le grand hall du salon, et une vague oppressante de chaleur m'assaille. Il y a du monde, beaucoup de monde. Une véritable marée humaine. Point positif, me fondre dans la masse va m'être facile. Point négatif, je déteste la foule. J'espère que ce n'est pas là un signe de mauvaise augure et que je ne vais pas griller dans le feu de l'enfer des Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre.

Malgré le climat tropical ambiant, je remonte encore un peu plus mon étole jusqu'à recouvrir mon nez. En me préparant ce matin, j'ai hésité à prendre mon écharpe-commando, celle dans laquelle j'ai percé deux trous pour ne laisser apparaître que mes yeux. Niveau anonymat, j'aurais eu tout bon. Niveau discrétion, j'en suis moins sûre. Je croise les doigts si fort que mes jointures blanchissent : j'espère que mon physique passe-partout me permettra de mener à bien ma mission. Au cas où, je remonte encore un peu mon écharpe.

J'avance prudemment en slalomant entre différents groupes de lecteurs qui sont plongés dans des conversations animées. Je tends l'oreille et capte quelques mots au passage. Je me joindrais bien à eux, mais m'oblige à continuer à avancer. Ne pas se disperser... Penser à la mission... Et aucun n'a le physique d'Aiden... Je serre un peu plus mon sac cabas tout contre moi. Il est jaune moutarde, et les bords sont un peu usés. J'ai pris ce que j'avais de plus grand à la maison. C'était ça ou ma valise. La capacité de stockage était tentante, mais ses roulettes ont tendance à grincer. DIS-CRE-TION. Mon vieux sac était le plus approprié. Je lève le rabat d'un petit geste sec pour vérifier que je peux l'ouvrir facilement. C'est bon.

Un homme corpulent me percute avec son épaule et marmonne quelques paroles fleuries. Quelques pas maladroits me permettent de rétablir mon équilibre. Je retiens le cri qui menace de s'échapper de ma gorge, mais le regard que me jette l'individu fait que ma vessie est sur le point de se rebeller. Le reflet d'un regard inhumain, cruellement divin, me transperce.

Je presse le pas pour me soustraire à ces pupilles qui me foudroient. Ce n'est peut-être rien, juste un regard lancé sous le coup de la colère, mais on ne sait jamais.

Les premiers stands sont derrière moi. Des piles de livres aux couvertures colorées s'entassent sur des tables. Je suis passée à côté de Roanne qui dédicaçait son livre, mais ne me suis pas manifestée. Discrétion et efficacité sont mes mots d'ordre.

Un stand présente une édition revue et corrigée d'Orgueil et Préjugé. Je fourre un exemplaire dans mon sac. C'est pour ça que je suis là. Ce salon est une concentration d'ouvrages susceptibles d'apparaître sur la liste-noire-des-livres-interdits, et je me suis fixée pour objectif d'en sauver le plus possible. D'où mon grand sac.

J'aperçois Melliane quelques stands plus loin. Elle me fait un grand sourire et se ressaisit aussitôt, réfrénant l'expression de joie qui avait pris possession de son joli visage. Sa veste sur le bras, elle fait mine de se promener nonchalamment à travers les livres. Mais je sais qu'il n'en est rien. Aujourd'hui, nous oeuvrons ensemble, mais séparément. Nous serons plus efficaces ainsi et couvrirons plus de terrain. Elle me fait une drôle de signe avec la main, et je fronce les sourcils. On a mis au point des codes, sauf que j'ai du mal à identifier celui-ci. Est-ce un « Tout va bien » ou un « J'ai envie de faire pipi » ? Je fronce encore plus les sourcils, et je vois qu'elle lève les yeux au ciel en signe d'exaspération. Je ne comprends absolument pas ce qu'elle veut me dire. Il va falloir qu'on retravaille tout cela.

Je m'arrête soudain devant la table la plus proche. Y trône « La bibliothèque des cœurs cabossés » de Katarina Bivald avec sa couverture si mignonne. Un rapide coup d'oeil autour de moi, et hop, dans mon cabas. Celui-ci, il faut le sauver.

Il réunit tous les critères pour la liste-des-livres-interdits. C'est un livre qui fait du bien, de ces ouvrages qu'on a envie de retrouver le soir après une journée intensive de boulot, qui vous caresse le cœur, qui vous accompagne de leur douce musique à travers un monde où les bons sentiments sont de mise. On pourrait lui reprocher une certaine naïveté, une candeur dénuée du cynisme et de la jalousie qui caractérisent le genre humain, mais moi, j'ai envie de croire en un monde tel que celui-ci. J'ai envie de croire qu'il existe des villages comme cela, où les gens sont prêts à tout pour changer et évoluer. Pour aimer... J'ai envie de croire au pouvoir salvateur des livres, au salut par la lecture... À la vie dans la lecture. À l'âme de tous ces livres auquel ce roman fait référence. C'est ce qui anime notre lutte finalement. Parce que oui, tout est prévisible, mais je me suis retrouvée en Sara et son amour des livres. Un livre, un moment... Et j'ai aimé Caroline et ses principes qui s'effritent peu à peu pour devenir une lionne prête à défendre les siens. J'ai aimé ce village qui réapprend à respirer, cet air que Sara insuffle peu à peu avec ses livres chargés d'histoire dans ces êtres qui ont trop souffert. Et j'ai retrouvé cette lecture, soir après soir, pour me plonger dans cet bulle protectrice bien loin de ma frénésie professionnelle. Oui, il mérite d'être sauvé.

Mon téléphone vibre dans ma poche. Je l'en extirpe à grand peine. C'est Melliane.
« Le Chat et Johanne sont là ».

Je pousse un soupir de soulagement. Notre quatuor est opérationnel. J'aperçois la chevelure flamboyante du Chat qui se déplace au milieu des professionnels. Comme si de rien n'était, elle ouvre son sac-à-dos et y glisse un ouvrage dont je ne distingue pas le titre. Notre lutte est engagée... 

Nous nous mouvons comme des ombres dans cette salle comble à la recherche d'ouvrages à sauver. Johanne vient de passer devant moi, et son visage n'a pas trahi notre lien. Elle est forte, notre équipe. C'est une victoire qui nous attend à la fin de cette journée, je le sens. Les Dieux n'oseront pas agir ici, au su et au vu de tous. Pas besoin d'un Aiden finalement, nous sommes tout aussi efficaces sans !

Je continue mon avancée et souris doucement en voyant Roanne signer ses autographes. Elle est à l'abri... En sécurité...

Je butte soudain contre une plaque de carrelage mal scellée sur le sol. Je la fixe pendant quelques secondes. Mon instinct hurle à mon cerveau que quelque chose ne va pas. Le sol et les murs se mettent à trembler. Un grondement sourd déchire l'air...


23 commentaires:

  1. On a été tellement discrète sur ce coup là, tellement discrète que j'y étais et qu'on ne s'est pas vu lol, mais les dieux ne vont pas être contents, j'ai acheté plein de livres, trop de livres.

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    1. Tu as acheté plein de livres?! chuuuuttttt

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    2. Promis, je ne dirai rien!!lol

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  2. Tu ne peux PAS nous laisser sur un suspense comme ça ! Où le sol va-t-il t'entrainer ? Dans les cachots des Dieux ? Si c'est le cas, je monte une opération rescousse, j'ai réussi à entrainer quelques recrues de choc pour notre armée...
    En tout cas, je suis très contente que tu ait aimé ce livre : pleins de bons sentiments et parfois naïf effectivement, mais ça fait tellement du bien au moral <3 !

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    1. Des recrues de choc? Dis-m'en plus !!!

      C'est grâce à toi, ou à cause de toi que j'ai découvert ce joli roman!! Merci beaucoup!

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    2. Je suis allée au Parc Zoologique distribuer quelques cartes de visites, et le puma, le lynx, loup, le glouton et jaguar m'ont confiés être très intéressés ;).
      (Pour t'avoir fait craquer : tu est faiiiiiiiiiiiible ;) ! Mais je suis contente que ça t'ait plu ^^).

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    3. Euh, le glouton? Pas sûre de son efficacité là! lol

      (Je ne suis pas faible du tout, je sais reconnaître les gens qui ont une bonne influence sur moi! En gros, c'est ta faute! lol)

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    4. Eh dis donc comment que tu me dénonce !!
      Et va donc voir cette vidéo si tu n'est pas convaincue par le glouton : https://www.youtube.com/watch?v=sP7vBpW7cts. Je te le dis, y en a ;) !

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    5. Finalement, je reviens sur mon avis, ça peut être une bonne recrue!
      Et non je ne te dénonce pas, je reconnais ton influence! J'ai reçu une commande de livres d'occasion, et beaucoup viennent de ton blog. Mais chuuut, comme d'hab, il ne faut pas le dire trop fort!!! (je sifflote pour faire comme si de rien n'était...)

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    6. Euuuh, elle a craqué, elle a craqué ;) !!

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    7. Mais non, pas du tout (je sifflote en même temps, on ne sais jamais.) Je suis TOUJOURS très raisonnable!

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    1. On ne croirait pas comme ça, mais les salons sont dangereux!

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  4. C'est que c'est dangereux le salon du livre, bien plus que je ne le pensais ! J'ai vu de jolies choses de ce roman mais je n'ai pas encore faibli. Ca arrivera un jour ! Je le sais.

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    1. Ah mais on n'a pas idée du danger, hein!! lol

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  5. Vos aventures sont contagieuses les filles ! Je te chuchote à l'oreille que moi aussi j'ai craqué pour ce roman puisqu'il a rejoint ma PAL dernièrement ;) mais discrétion, ok :D *sifflote*

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    1. Discrétion! Je serai muette comme une tombe, promis!!!

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    2. Z'êtes vraiment faibles ;) !
      (Nooon je ne suis pas pareille, je ne vois pas ce qui vous fait dire ça.) (Et puis moi je suis apprentie libraire.) (Donc j'ai des excuses.)

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  6. Voilà, comme je remonte et lis les articles à l'envers, bien fait pour moi, je découvre le début après la fin. Voilà qui ne t'étonnera même pas... en tout cas, ça fait ambiance 4ème dimension, tout ça... parce qu'il n'y a eu aucun tremblement sur le stand du Chat Noir. Hormis celui provoqué par les ruées des fans de quelques auteurs à succès ; tu vas me dire, c'était dangereux aussi, ça fait un peu peur... mais je te confirme que j'étais à l'abri, derrière la table de dédicaces. Peut-être que mes édteurs sont réellement un peu sorcier et avaient tracé discrètement un cercle de protection autour du stand avant de le monter ?...

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    1. Peut-être effectivement que tes éditeurs sont de vrais sorciers et qu'ils t'ont transportée dans une dimension parallèle!! lol

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  7. Encore un article vraiment sympathique. J'aurai bien aimé vous voir :) J'y étais aussi et je suis passée au stand de Roanne :) Vous allez venir aux imaginales?

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    1. En réalité, j'ai dû annuler au dernier moment. Je devais y retrouver Melliane, mais j'ai eu des obligations professionnelles qui me sont tombées dessus. grrr
      J'adorerais aller aux Imaginales, mais je manque cruellement de temps... Il faudrait qu'on organise cela l'année prochaine, un rdv massif au salon du livre!

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