samedi 14 juin 2014

Le Manoir de Tyneford, Natahsa Solomons




Au printemps 1938, l'Autriche n'est plus un havre de paix pour les juifs. Elise Landau, jeune fille de la bourgeoisie viennoise, est contrainte à l'exil. Elle ne sait rien de l'Angleterre, si ce n'est qu'elle ne s'y plaira pas.
Tandis que sa famille attend un improbable visa pour l'Amérique, elle devient domestique dans une grande propriété du Dorset, c'est elle désormais qui polit l'argenterie et sert à table. Au début, tout lui paraît étranger. Elle se fait discrète, dissimule les perles de sa mère sous son uniforme, tait l'humiliation du racisme, du déclassement, l'inquiétude pour les siens et ne parle pas du manuscrit que son père, écrivain de renom, a caché dans son alto.
Mais la guerre gronde, le monde change et Elise l'insouciante est forcée de changer à son tour. 

Je m’étais dit, « plus de larmes ». Non, je voulais un livre qui ne me fasse pas pleurer, parce que mine de rien, comme les personnages continuent de vivre en moi ensuite pour une durée indéterminée, ça me remue quand même.

Mauvais choix alors que de m’être arrêtée sur ce roman, très mauvais choix… Parce que les larmes étaient au rendez-vous, et voyez-vous, cela éprouve mon petit cœur tendre.

C’est un autre temps qui vit dans ce roman, celui de la guerre évidemment, celui d’une Vienne resplendissante, qui sombre en enfer avec l’arrivée du nazisme, mais aussi celui de Tyneford, où le temps semble s’être arrêté.

La première partie m’a semblé un peu longue, elle  manquait  de rythme, comme une musique trop lente pour vous entraîner sur la piste de danse. Mais j’ai tendu l’oreille, parce que la plume de Natasha Solomons m’avait fait comprendre que tout cela était nécessaire, que ce décorum était indispensable pour bien comprendre le destin d’Elise.

Elise est une femme comme les autres, mais comme toutes les héroïnes de bons romans, elle n'est pas ordinaire. Issue d’une famille d’intellectuels aisés, d’artistes même, elle a vécu dans un cocon jusqu’à ce qu’éclate la guerre. Ni trop belle, ni trop douée, elle évoluait dans l’ombre de sa mère et de sa sœur, sans pour autant y ressentir une jalousie destructrice. Tout le monde n’est pas un être d’exception, mais cela n'empêche pas de recevoir de l’amour, beaucoup d’amour. 

La guerre éclate, la survie passant par des sacrifices, la famille se disperse, sa sœur et son mari partent aux États-Unis, ses parents attendent leurs visas, et Elise part en Angleterre pour y travailler en tant que domestique, elle dont les mains avaient jusqu’alors la douceur d’une peau de pêche.

Surmontant ce choc de cultures, elle vit et survit dans cet univers à l’écart du monde, en gardant dans un coin de son cœur la Vienne qu’elle aimait tant, ainsi que l’espoir que la folie des hommes ne sera que passagère, et que bientôt, très bientôt, tous se retrouveront. 

Que j’ai aimé ce roman… Loin d’être un simple roman d’amour, d'un soap à faire pleurer dans les chaumières (même si j'ai pleuré dans ma chaumière!) il nous immerge dans cette petite histoire qui subit la grande Histoire. La plume est alerte, l’histoire solide, et les personnages complexes. Aucun ne porte le vernis de la perfection, les aléas de la vie les faits changer, avancer, grandir parce cette Histoire a fait bien des victimes, même si les canons ne retentissaient pas de ce côté-là de la Manche. 

Au fil de ma lecture, la musique d’une valse viennoise m’a emportée, et j’ai dansé au son des mots, jusqu’à la dernière page, parce c'est vrai qu’il n’y a pas qu’une seule forme d’amour.

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