jeudi 24 septembre 2015

Tes mots sur mes lèvres, Katja Millay



Après avoir été agressée, Nastya, ancienne surdouée du piano, s’est inventé une nouvelle identité et s’est réfugiée dans le silence. Elle ne parle plus depuis deux ans. Josh, lui, est seul au monde. Tous les membres de sa famille sont morts les uns après les autres. Son remède : la solitude et le travail du bois. Peu à peu, Nastya partage la vie de ce garçon doux et discret. L’amitié s’installe, puis les sentiments amoureux. Nastya se remet à parler, sans pour autant se dévoiler. Nastya et Josh se soignent l’un l’autre, craignant tout de même de trop s’attacher, la vie ne les ayant pas habitués au bonheur. Leur passion sera-t-elle plus forte que les blessures de la vie ?
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Résumé des Chroniques de la Liste-noire-des-livres-interdits.
Une sombre menace plane sur nos livres-chéris, sur ces ouvrages qui nous transportent jusqu'à pas d'heure dans la nuit et nous font rêver encore et encore dans la journée : les Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre les ont déclarés « dangereux pour l'humanité », et nous somment, nous, les humbles lecteurs, de les leur livrer. Voici l'histoire de notre rébellion! 

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Pour la troisième fois depuis que nous nous sommes engagées dans la rue, mon mouchoir fait l'ascension jusqu'à mon nez et je me mouche bruyamment.

– Chuttt, me murmure Johanne, l'inquiétude teignant sa voix. Tu vas nous faire repérer.
– Je fais ce que je peux, je suis malade. Je vous l'avais fait remarquer avant de partir! grommelé-je.
– Pas d'arrêt maladie pour la lutte ! chantonne Melliane dont la bonne humeur de ce soir est proportionnelle au rose de son écharpe. 
Il est vif, très vif. Dommage qu'il ne réussisse pas à faire fuir la pluie fine qui tombe et qui nous colle au corps comme une seconde peau.

– Mouais, ce n'est pas vous qui avez de la fièvre... Je crois que j'avais dit un truc du genre « Mauvaise idée », « Très mauvaise idée ». J'avais même ajouté : «  Je ne le sens pas du tout! »
– C'est normal, tu as le nez bouché ! ricane Le Chat du Cheshire.

Un bazooka portatil, voilà ce qu'il me faudrait. Il serait caché dans la bretelle de mon soutien-gorge et je pourrais le sortir d'un mouvement lest... J'imagine des centaines de petits morceaux du Chat voler dans l'air avant de secouer la tête. Je me contente, dans un geste très mature, de lui tirer la langue.

Lup'Appassionata presse le pas. Je crois qu'elle a autant envie que moi d'échapper à cette pluie. Ou peut-être est-ce parce que Melliane leur a expliqué pourquoi elle avait choisi ce jour précisemment. L'église se situe dans le quartier du siège des Livres-Addicts Anonymes, là où se tiennent les réunions, auxquelles nous n'assistons plus d'ailleurs. Normalement, ce soir, les lieux sont déserts. Cette révélation n'a pas rassuré nos nouvelles recrues, Bea et elle. Elles ont pâli de concert, les Livres-Addicts Anonymes sont notre version du croque-mitaine, sauf que la Cerbère Rousse est bien réelle et qu'elle ne fait pas que hanter nos cauchemars.

Je me mouche de nouveau.
Chut, me réprimande Melliane à son tour. Tu vas nous faire repérer !

Mouais, c'est son écharpe qui va nous faire repérer. 

Je m'arrête net en plein milieu du trottoir. Roanne manque de me percuter et glisse sur un papier gras. Elle s'agrippe à mes épaules pour ne pas tomber et je pousse un gémissement de douleur. J'ai le corps raidi par le froid et l'humidité qui me transpercent.
L'automne s'installe dans les rues, Roanne a enfilé un poncho qui m'a l'air très chaud et confortable. J'envisage un instant de le lui subtiliser discrètement. Ma fièvre fait de la résistance et j'ai des courbatures. Je renonce aussitôt, le mot-clé d'une telle action est « discrètement » et je n'ai rien d'une magicienne, sans parler de ma vitesse qui est davantage équivalente à celle d'une tortue plutôt qu'à celle de la lumière. 

Je lève une main et commence à compter sur mes doigts.
– Je récapitule : 1/ il fait froid, 2/ il pleut. 3/ On est dans le quartier du siège des Livres-Addicts Anonymes que préside la Cerbère Rousse, et 4/ -je la pointe du doigt- Le Chat s'est mis dans la tête que les prophéties parlent d'une église, et en plus, il faut que ce soit celle-ci, dans ce quartier. Et après on dit que c'est moi qui suis malade, terminé-je en regardant le ciel pour donner un côté mélodramatique à mon propos. 

Je fronce les sourcils et plisse les yeux pour mieux voir. Etrangement, une clairière s'est ouverte dans ce ciel chargé, comme si quelqu'un avait soufflé sur les nuages pour les écarter.
– Hey, les filles, ça ne serait pas la Mer de la Tranquillité ça ?

Les cris de deux chats se livrant bataille déchirent le silence environnant. Leur répond le klaxon endiablé d'un taxi, suivi des rires d'un groupe de jeunes qui entrent dans un restaurant.
– T'inquiète pas, elle fait ça tout le temps souffle Melliane à Lupa'Appassionata qui me regarde d'un œil soucieux.
– Même quand elle n'a pas de fièvre ? rétorque cette dernière.

La réponse de Melliane m'échappe. Je continue d'observer le ciel. Il me semble que c'est bien la Mer de la Tranquillité.
– Euh, les filles... on fait quoi là ? demande une Bea pas plus rassurée.
Elle arrive à la hauteur de Lup'Appassionata et me passe une main devant les yeux.
– C'est rigolo, elle ne bouge pas !
Lup'Appassionata me pince le bras à travers mon pull.
Aucune réaction... C'est fort... légèrement flippant, mais fort... constate-t-elle.
– Ça lui arrive... Parfois, elle déconnecte et poum, elle se met à divaguer... C'est normal...explique Roanne d'un ton blasé.
– Ah bon... Enfin elle a l'air complètement à l'ouest là, continue Bea.
– C'est bon, on peut aller chercher cette église ?
Johanne jette un coup d'oeil à droite et à gauche. Elle est inquiète.

– Les filles, c'est la Mer de la Tranquillité ! répété-je en détachant bien les syllabes.
Je me mets à sautiller sur place, le doigt pointé sur le ciel.
La Mer de la tranquillité !.
Melliane me met la main sur le front.
– Finalement, elle a de la fièvre...
– Mais c'est comme dans le livre ! m'exclamé-je en battant frénétiquement des mains et en improvisant un drôle de ballet avec mes jambes.
– De quoi elle parle ? chuchote Bea. C'est un code ?
– La vraie question est plutôt : c'est contagieux ? Parce que sinon, je vais reconsidérer ma participation ! ajoute Lup'Appasionata.

Je pousse un long soupir.
– Dans le livre, The sea of tranquility / Tes mots sur mes lèvres, il y a ça : c'est une constellation...
Je leur montre le ciel avec quelques étoiles alignées avant de poursuivre.
– Enfin, ce n'est pas vraiment un livre qui parle de tranquillité d'ailleurs. C'est plutôt un livre déchirant qui porte sur la reconstruction, sur la survie. Est-ce que survivre après un drame est suffisant ? Nastya a vu tous ses rêves s'envoler. Ils ont disparu tandis qu'on s'acharnait sur elle. Josh a subi son lot de drames, tous ceux qu'il a aimés sont partis. La douleur, il connait, mais il veut s'en préserver. La rencontre de ces deux âmes brisées était écrite, pour voir si l'espoir subsiste, s'il y a autre chose que la douleur.
– Mais, quel rapport avec la Mer de la Tranquillité ? s'enquiert Roanne.

Un petit sourire flotte sur les lèvres de Johanne.
– Il faut lire le livre pour comprendre, dit-elle, mais attention, en le lisant, on rajoute encore à notre liste un ouvrage à protéger ! C'est un ouvrage qui fait mal, de cette douleur qui vous hante pendant des jours.

Je poursuis en fermant les paupières pour me calmer et ne pas élever la voix. Je risquerai d'attirer l'attention sur nous.
– Parce que ce livre n'est qu'émotions, que vibrations. C'est le type de livre qui vous fait oublier tout votre entourage, qui a le pouvoir de vous briser le cœur pour le recoller ensuite. Nastya est un personnage très fort, qui s'est réinventé pour mettre un pas devant l'autre. Le mutisme, les vêtements provocants, une obsession pour les noms. La vengeance. Une armure l'emprisonne, elle ne sait plus comment faire pour respirer librement, le poids de son passé pèse sur sa poitrine. Josh est très attachant. Il a une lucidité sur les choses qui fait parfois froid dans le dos. C'est un pilier, replié dans la forteresse de son garage où il entame chaque soir un dialogue avec le bois qu'il travaille. La rencontre de ces deux âmes blessées étaient inévitable. Tout comme les questions qui viennent ensuite. Auxquelles Nastya ne veut pas apporter de réponses.

Johanne hoche silencieusement la tête, elle comprend de quoi je parle.

Je m'oblige à ouvrir les yeux. Mon cœur s'entraîne au cent mètres dans ma poitrine.
– Bon, elle est où cette église ? On a du boulot, je crois ! m'exclamé-je avant d'éternuer.
– Au coin de la rue... Juste à côté du siège des réunions des Livres-addicts Anonymes, précise le Chat.
– Là où est notre super copine complètement barge, ironise Melliane.

C'est clair que je ne citerais pas la Cerbère Rousse comme exemple de stabilité.

Le Chat se poste devant nous, les mains sur les hanches.
– Alors on se tait maintenant ! Et on y va !
Je manque de lui faire un salut militaire et je me rends compte qu'il en va de même pour Bea et Lup'Appassionata. Les visages de Johanne, Melliane et Roanne sont aussi graves que l'heure.

– On y va ! ordonne-t-elle.
Nous marchons en silence jusqu'à arriver devant l'église.
– Nous y sommes...

Oui, nous y sommes. Les filles s'approchent de la lourde porte et instinctivement, mon regard remonte le long de la façade. Cette fois, ce n'est pas la Mer de la Tranquillité que je distingue, mais des gargouilles. Elles me sourient avec leurs yeux globuleux. 

Je n'ai jamais aimé les gargouilles, jamais...


PS : Je vous ai mis la vcouverture espagnole (eh oui, on ne se refait pas, lu en espagnol...) qui est identique à celle de la VO et que je trouve plus jolie que notre version française. Que voulez-vous, superficielle quant aux couvertures je suis, superficielle je resterai !

PS2: Pour lire la chronique de Johanne, c'est ici!

27 commentaires:

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    1. C'est vrai que c'est une sacrée lecture!!

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  2. C'est amusant, je voulais lire ce livre, je l'ai même en VO sur ma liseuse, mais j'ai trop de mal à lire en anglais alors j'ai laissé de côté pour le moment.
    Il parait que le titre original prend tout son sens à la lecture, dommage du coup qu'il n'ait pas été conservé, même si j'adore le titre français (et la couv est pas si mal, en fait, c'est juste qu'elle donne l'impression d'une grosse romance basique, et non celle d'un roman beaucoup plus dramatique).
    Bon, soigne-toi bien, et s'il le faut, je te file mon poncho et même une super écharpe (promets-moi juste de ne pas t'étouffer avec !). ;)

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    1. La couverture originale a vraiment du sens, tout comme le titre. Je trouve dommage de les avoir changés.
      Je comprends pour l'anglais, je comprends!!

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  3. presque j'aurai cru que tu l'avais lu en anglais lol. J'ai entendu énormément de bien de ce roman et il faut vraiment que je le lise, chose que je n'ai pas fait. bon d'abord il faudrait que je l'achete, élément important de la chose lol. Contente qu'il t'ait plus et contente de retrouver tes chroniques

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    1. Non, non, pas en anglais!! Ça va venir!! lol

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    1. C'est vraiment un beau roman, une lecture très marquante.

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  5. T'as peut-être bien raison, je ne le sens pas non plus, et pourtant je n'ai pas le nez bouché ^^ C'est peut-être des gentilles gargouilles, qui sait..., on se rassure comme on peut ^^ Bon, pour la peine, vous pouvez m'appeler Lupa les filles, au point où nous en sommes ;-)
    C'est vrai que la couverture espagnole est vraiment plus belle !!!

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    1. Les gargouilles... nous réservent bien des surprises! Votre initiation va démarrer tambours battants!

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  6. Ok, clairement je surkiffe notre petite expédition (j'aurais bien été du genre à faire un salut militaire sur l'ordre du chat :) )Un livre qui me tente beaucoup et que je n'ai pas lu car je trouvais la couverture très moche. On ne se refait pas entre copines superficielles. :) (Non, je ne le lirais pas en anglais, je résisterais à Melliane :P )

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    1. Je l'ai lu en espagnol, et n'ai réalisé qu'après que c'était ce livre-là en français. Je ne l'aurais pas lu en français, à cause de la couverture. L'originale est beaucoup plus belle.

      Toi aussi tu résistes à Melliane? lol

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    2. Bah à force de nous présenter des livres inédits en france , j'ai envie de me mettre à la lecture en VO mais soyons réaliste , je suis une quiche en anglais!
      Ps: Si tu lis La guerre des tétons, je serais curieuse de savoir ce que tu en as pensé et si cela t'a aider à comprendre plus de chose sur la maladie de ta maman. Bisous :)

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    3. Il faut faire le salut militaire au chat ;) !

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    4. Bea285: Rassure-toi, plus mauvaise que moi en anglais, ça va être dur!

      Pour la guerre des tétons, je le lirai et je te dirai!

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  7. Fuis, Lup, fuis pendant que tu le peux ! Parce que franchement, être une mordue de lecture n'est déjà pas très sain pour la santé, mais avec l'autre qui divague à propos d'une mer... Franchement ! Mais heureusement que de nouvelles recrues se joignent à nous (quel courage !!). Mais faudrait voir à s'entourer vraiment de pros !
    (Et pour le bazooka, tu me le paiera.)

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    1. Pas facile à recruter les pros! Pfiou, les petites annonces ne sont plus ce qu'elles étaient!

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  8. Je suis à la bourre sur plein d'épisodes et quoi?!?
    Je découvre que Lupa fait partie de la troupe maintenant :-), sacrée équipe!

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    1. Ah mais on recrute !! Il faut des bras... et des cerveaux pour notre lutte!!

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  9. Et des fans de livres interdis! uh uh uh :-)

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  10. Ah celui-ci j'ai terriblement envie de le lire, et la couv espagnole est superbe :3

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    1. C'est un petit bijou! La couverture espagnole respecte celle originale qui est très réussie je trouve!

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    2. D'ailleurs même le titre change en fait :o

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    3. Oui, le titre espagnol respecte le titre original, mais pas la version française. Je trouve ça dommage d'ailleurs.

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    4. C'est souvent comme ça en plus, les titres des romans changent souvent, je me demande bien pourquoi...

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    5. Question de marketing je pense, mais clairement, parfois, ils feraient bien de s'abstenir...

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