dimanche 19 mars 2017

Guérilla Social Club, Marc Fernandez

Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.
Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.
Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Ce qu’ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l’opération Condor, le rapace continue de voler.

La mémoire est faite d'ombres imprévisibles, elle peut être fluctuante au fil des années, devenir une page blanche que l'on voudrait à tout prix réécrire, ou elle peut aussi graver dans le marbre ce qu'on préfèrerait oublier. Poids que l'on traîne attaché à notre cheville, elle freine nos mouvements vers un avenir qu'on espérerait sûr. Et dans ce cas, pas de page blanche, mais une empreinte indélébile, pire qu'un phare dans cette nuit qu'on espérait suffisamment épaisse pour nous cacher. Il n'y a malheureusement qu'une certitude : si on n'oublie pas, les autres non plus.

J'ai découvert Marc Fernandez un peu par hasard, au détour de promenades sur le net, et le sujet de son premier roman, Mala Vida, m'avait beaucoup interpellée tant il est méconnu en France : le drame des bébés volés sous le Franquisme en Espagne. J'avais réellement apprécié ma lecture qui plongeait avec une précision d'orfèvre dans le cœur de cette Espagne qui tente de se reconstruire. Son deuxième roman ne pouvait donc que m'intéresser, d'autant plus qu'il aborde une autre facette sombre du monde hispanique : les dictatures latinoaméricaines des années 70-90, ces pieuvres qui avaient étendu leurs tentacules à travers tout le continent et dont l'ombre veille toujours.

On retrouve les personnages de Mala Vida, Diego, David, Ana, Isabel, mais nul besoin de l'avoir lu pour se plonger dans ce récit. La vie a continué depuis le scandale des bébés volés, et ils sont plus unis que jamais. Le bar Casa Pepe est l'un de leurs lieux de rendez-vous, et Carlos, celui qui le tient, un ami fidèle. Une série d'assassinats étranges va faire éclater une autre affaire qui a, elle aussi, défié le temps. Le "Commando Libertad", qui a essayé de faire disparaître Pinochet, semble en être la cible. Ses anciens membres, éparpillés un peu partout dans le monde, disparaissent les uns après les autres, sans autre explication que leur corps abandonné sans vie. Carlos était l'un d'entre eux.

Commence un véritable travail d'investigation pour comprendre quel monstre se cache derrière ces atrocités et sauver Carlos.

L'écriture de Marc Fernandez se prête parfaitement à ce type de roman, elle prend des accents journalistiques qui insufflent au récit les battements de cœur d'une véritable enquête vers la vérité. Comme pour Mala Vida, les faits sont documentés, précis et rendent compte d'une époque que l'on pensait révolue mais dont le spectre plane toujours au-dessus de l'Amérique Latine. On n'oublie pas, victime, bourreaux, pas de bouton reset possible. La peur est tenace, la vengeance aussi, et la soif de pouvoir encore plus. 

Ce que nous relate Marc Fernandez est tellement vraisemblable que cela fait froid dans le dos et nous rappelle combien nous évoluons sur un fil fragile.



Une excellente lecture qui m'aura arraché quelques larmes à la fin. J'en redemande !

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