lundi 6 mars 2017

L'immeuble Christodora, Tim Murphy

New York. Milly et Jared, couple aisé animé d'ambitions artistiques, habite l'immeuble Christodora, vieux building de Greenwich Village. Les habitants du Christodora mènent une vie de bohèmes bien loin de l'embourgeoisement qui guette peu à peu le quartier. Leur voisin, Hector, vit seul. Personnage complexe, ce junkie homosexuel portoricain n'est plus que l'ombre du militant flamboyant qu'il a été dans les années quatre-vingt. Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, est choyé par ses parents qui voient en lui un artiste. Mais le jeune homme, en plein questionnement sur ses origines, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu'ils représentent.
Milly, Jared, Hector et Mateo, autant de vies profondément liées d'une manière que personne n'aurait pu prévoir. Dans cette ville en constante évolution, les existences de demain sont hantées par le poids du passé.

Mateo, d'origine hispano, a été recueilli alors qu'il avait cinq ans par Milly et Jared. Les années passent et la rébellion adolescente qui secoue Mateo devient un véritable torrent incontrôlable. Pourtant doué pour l'art, poussé par la colère qui le dévore, il sombre dans la drogue. Cette même colère ronge Hector, un ancien militant qui a tant lutté pour les droits des sidéens. Il n'est que l'ombre de lui-même depuis la mort de son compagnon.

Le décor est planté, les mots sont dits. L'immeuble Christodora sera le témoin du passage du temps, de cette société qui avance et qui a peur de l'avenir. Le sida occupera une place centrale dans ce roman.

Le récit alterne habilement passé et présent pour reconstruire cette Amérique en quête d'elle-même. C'est un roman assez noir que nous livre Tim Murphy, les pages sont constellées de décès et de douleur, comme si la vie était un combat quotidien. Finalement, c'est sans doute le cas, la vie est un combat quotidien, surtout à une époque où le Sida était considéré comme une honte mortelle. Maladie des hommes, maladie des homosexuels, on aura beaucoup dit sur la question, sans jamais considérer que c'était une maladie tout court et qu'elle touchait tout le monde.

Ce roman m'a fait l'effet d'un cri contre une société donneuse de leçons, que ce soit en 1981, en 1988 ou en 2009, tout change mais rien ne change. L'intolérance est omniprésente, les jugements sont lourds et les peurs sont autant de chaînes aux pieds. Mateo se cherche, c'est une quête de soi qu'il entreprend, un combat dans une obscurité épaisse mais dans laquelle subsiste une lueur. Parce que malgré la noirceur, malgré la souffrance, l'espoir est là, il attend patiemment que son heure arrive.

J'ai adoré ce roman, dur, éprouvant, mais vibrant d'une réalité profonde et émouvante. J'ai aimé ces personnages vrais, et les injustices décrites m'ont donné la nausée. J'aimerais croire que cette époque est révolue, mais il suffit de regarder autour de nous pour nous rendre compte qu'il n'en est rien. L'intolérance, la discrimination, l'injustice sont toujours là, confortablement installées. Mais derrière elles, profondément enraciné et porté par des personnages tels que Mateo, il y a l'espoir. Et c'est l'essentiel.


Pour lire la Chronique du Chat du Cheshire, c'est ici.

20 commentaires:

  1. Merci pour le lien :) !
    En tout cas je suis contente que tu aie aimé, j'ai eu un gros coup de cœur pour ce livre < !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je comprends tout à fait, c'est vraiment un excellent roman!

      Supprimer
  2. Rôt ben non, pas un roman qui va me donner le cafard! :(
    Je vais passer mon tour pour celui-là!!
    (je sais, je risque de passer à côté de super trucs mais bon...)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je comprends que ça ne te donne pas envie de le lire! Il y a des moments pour tout!

      Supprimer
  3. C'est vrai que c'est un livre qui n'a pas l'air simple du tout...

    RépondreSupprimer
  4. C'est vrai ; il faut toujours se laisser guider par l'espoir, aussi petit soit-il ^^ Merci pour cette belle découverte, pour laquelle tu as su trouver les mots, comme toujours ;-)

    RépondreSupprimer
  5. Je ne connaissais pas du tout mais j'en prends note ! Merci pour la découverte :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un roman à découvrir, un bon rappel de ce dont est capable notre société.

      Supprimer
  6. Hello,
    Je ne sais pas trop quoi en penser car ça me semble intéressant mais dur alors je risque d'être pas mal chamboulée, à voir du coup^^
    Des bisous à toi :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce n'est pas une lecture facile, c'est sûr.

      Supprimer
  7. Je ne me serais pas arrêtée dessus de base mais vos deux chroniques (déjà celle de Ches) m'ont donné envie de me lancer ^^

    RépondreSupprimer
  8. Peut-être un peu trop dur pour moi qui ait besoin de lectures légères en ce moment! Néanmoins comme toujours ta chronique donne envie de découvrir ce roman ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. A éviter alors si tu es dans la phase "lectures légères"!

      Supprimer
  9. Tu as suscité mon intérêt. Je le note.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'espère qu'il te plaira! Merci de ton passage!

      Supprimer
  10. "L'intolérance, la discrimination, l'injustice sont toujours là, confortablement installées". C'est terriblement vrai...
    Mais tant qu'il y a de l'espoir, comme tu le dis si bien!
    Un roman dur comme je les aime.
    Bisous

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il faut garder de l'espoir, c'est indispensable...

      Supprimer