dimanche 5 janvier 2014

Odette Toulemonde et autres histoires, Eric-Emmanuel Schmitt



«Cher monsieur Balsan,

Je n'écris jamais car, si j'ai de l'orthographe, je n'ai pas de poésie. Or, il me faudrait beaucoup de poésie pour vous raconter l'importance que vous avez pour moi. En fait, je vous dois la vie. Sans vous, je me serais tuée vingt fois.
Odette»

La vie a tout offert à l'écrivain Balthazar Balsan et rien à Odette Toulemonde. Pourtant, c'est elle qui est heureuse. Lui pas. Leur rencontre fortuite va bouleverser leurs existences.
Huit récits, huit femmes, huit histoires d'amour. De la petite vendeuse à la milliardaire implacable, de la trentenaire désabusée à une mystérieuse princesse aux pieds nus en passant par des maris ambigus, des amants lâches et des mères en mal de filles, c'est une galerie de personnages inoubliables qu'Eric-Emmanuel Schmitt poursuit avec tendresse dans leur quête du bonheur.

Ma première rencontre avec Eric-Emmanuel Schmitt remonte à une période triste de ma vie. Souffrant d’insomnies alors que mon père vivait ses derniers instants, une nuit, lassée de trop penser, je me suis mise devant la télévision, -fait complètement inhabituel chez moi-, et me suis mise à changer de chaine, dans un espoir vain de me changer les idées. Tout d’abord une chaîne, puis une autre, encore une autre, et encore une autre. Et je suis tombée sur une émission littéraire, -type de programme que je ne regarde jamais-, je n’aime pas connaître la tête des auteurs que je lis, et il était là.

Ce drôle de bonhomme m’a aussitôt interpelée. Son physique dans un premier temps, la bonhommie naturelle qui s’en dégageait, sa voix ensuite, emprunte d’une douceur toute féminine, et enfin ses mots… Le présentateur lui faisait une critique plutôt sévère de son dernier roman, lui reprochant une naïveté dans son rapport au monde, et une absence de méchanceté dans les personnages. Pas trop fades ou trop lisses. Non. Trop bons. Tout était trop gentil pour lui. Et je me souviens encore de l’attitude d’Eric-Emmanuel Schmitt, souriant, très calme, qui lui rétorquait, le plus naturellement du monde : "Mais pourquoi devrait-il en être autrement ?"

C’est la seule fois dans ma vie où, à partir de quelques instants passés « avec » l’auteur, j’ai eu envie de lire son œuvre. 

Odette toulemonde et autres histoires, est fidèle à l’image que j’en ai eue ce jour-là. Huit nouvelles,- et vous savez pourtant que la nouvelle n’est pas un genre que j’affectionne-, huit portraits de femmes, et huit moments volés de bonheur.

Son écriture est facile, coulante, claire, sans fioritures, et traversée par une tendresse qui m’a donné confiance, tout au long de la lecture, en ce que je lisais. Je connaissais déjà la chute de chacune de ces nouvelles, non pas parce le récit est maladroit, mais parce qu’il ne pouvait pas en être autrement. Tout coulait de source.

La séparation imposée par la fin du recueil m’a laissé un véritable vide au fond de moi tant ce que j’y ai lu était apaisant. Pourtant, ne croyez pas que ces portraits de femmes soient naïfs ou candides. Le regard porté sur eux les voit telles qu’elles sont, égoïstes, malades, bêtes parfois, mais il les aime. De chacune de ces nouvelles Eric-Emmanuel Schmitt aurait pu faire un roman, mais je ne sais pas si le résultat aurait été aussi abouti. Il fait le tour des choses en peu de mots, avec la précision d’un horloger.

Si je devais à mon tour écrire à Eric-Emmanuel Schmitt, je le remercierai de ces quelques heures de quiétude et d'émotions qu’il m’a offertes, parce que c'est là quelque chose de réellement précieux.

14 commentaires:

  1. Merci pour le récit de ta rencontre avec cet auteur. Cela fait longtemps que ce titre me tente. Il faudra bien que je me décide.

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  2. Ca fait un moment que ce titre est dans ma wish-list, la couverture m'avait interpellé !

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    1. Intègre-le à ta PAL sans hésitation!

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  3. c'est vrai que c'est un auteur qui donne envie de le lire...
    J'ai lu Oscar et la dame rose il y a peu, du genre de texte qui touche...
    Bonne journée!

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    1. Je n'ai pas lu Oscar et la dame rose. Tu as aimé?

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  4. Je n'ai pas lu le livre mais j'ai vu le film que j'avais bien apprécié, il faut dire que l'actrice est assez douée. Je ne savais pas du tout qu'il y avait un livre correspondant et je suisassez curieuse bien que les nouvelles me refroidissent toujours un peu...

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    1. Le film est bien?
      Ce sont des nouvelles qui font une cinquantaine de pages, cela laisse de temps de développer l'histoire quand même.

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  5. Tu donnes très envie de découvrir ce livre. J'aime beaucoup cet auteur en plus. Je pense que je ne vais donc pas résister longtemps.

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  6. Je garde un très bon souvenir de ce livre. Comme toi, je ne suis pas adepte des nouvelles en général... mais là, je me rappelle avoir été attirée par ce que l'auteur proposait.
    Je n'ai pas été déçue ! C'est une vraie petite douceur à lire... un peu à l'image d'une cuillère de miel qu'on laisse fondre dans la bouche pour adoucir la gorge.
    C'est exactement le genre de lectures que j'aime quand je veux me détendre ou me changer les idées :)

    J'ai vu le film 1 ou 2 ans après ma lecture et je l'ai trouvé plein de tendresse. L'interprétation de l'actrice principale y est pour beaucoup, certes, mais en prime l'esprit du film est resté fidèle à celui du livre.
    Même si ce n'est pas mon film préféré, je l'ai cependant trouvé sympathique et touchant ;)

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    1. Tout à fait d'accord avec toi... Une vraie douceur. Je n'ai pas vu le film par contre...

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  7. Je n'ai pas lu ce livre mais j'ai vu le film. Ma mère adore cet auteur et je crois que je vais lui emprunter ses bouquins afin de le découvrir à mon tour!

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    1. Fais-le! Son écriture est limpide et pleine de douceur!

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